Accueil


Special Guest Star : Philippe Arino.

Un grand merci à Francis Moury,
Olivier Nicklaus et à
Yann Gonzalez.
Et en special guest star gay-friendly... Dr Orlof !


et bien d'autres depuis le début et d'autres à venir...

Ce blog est partenaire de

Dreampress.com

Avec l'aide graphique de

Calendrier

Août 2010
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30 31          
<< < > >>

Recherche

W3C

  • Flux RSS des articles

POUR SURFER SUR CE BLOG...

Les Toiles Roses  est un blog collaboratif, indépendant et bénévole optimisé pour Mozilla Firefox (cliquer ici pour le télécharger)

TOUTES LES CRITIQUES DE FILMS
:
ICI
LES CRITIQUES DE LIVRES (Gérard Coudougnan) : ICI
Nos chroniques vedettes : Zanzi and the City (Zanzi), Et les filles alors ? (Isabelle B. Price),
Derrière les masques : Homollywood (Marc-Jean Filaire),
Merci Bernard (Bernard Alapetite),
Le Bazar de l'Homo Vincy (Vincy Thomas),
L'Histoire de l'homosexualité,
Dans l'ombre de Jann Halexander (Jann Halexander), Spécial Abdellah Taïa (Daniel C. Hall),
La Crypte aux gays (BBJane Hudson), Certains l'aiment camp (Tom Peeping),
 
Le Chaudron rose (Papy Potter), Petits Contes Dark-en-ciel (Nico Bally),
Marie de traverse (Marie Fritsch), Spécial Salim Kechiouche, Si j'étais homo ou hétéro...,
Spécial Stonewall, 40 ans, La gâterie du chef (Daniel Conrad Hall), La Garac'Ademy (Jean-Louis Garac)
A tort ou à travers (Laurent Fialaix), Rencontres de tous les types (Hugo Rozenberg),
 
Le Phil de l'araignée (Special Guest Star : Philippe Ariño),
Dossier et chronique-soutien
à l'association "Le Refuge" (Daniel C. Hall).

Venez rejoindre l'équipe de rédaction, les lectrices et lecteurs de ce blog
sur notre groupe Les Toiles Roses sur Facebook (2 521 membres, déjà !) :
http://www.facebook.com/group.php?gid=61890249500#/group.php?gid=61890249500

HUMEUR : Zanzi and the City

 


(6.08)


CALST00802.jpg


PREVIOUSLY ON ZANZI AND THE CITY : cliquer ici.

 

Encore deux mois, trente-sept jours ouvrés et j’appuierai sur « pause ». Une pause en forme de prélude à un nouveau départ. Je ne sais pas encore précisément ce que je vais faire, je n’ai aucun vrai projet si ce n’est celui de marquer un temps d’arrêt transitionnel entre le passé et l’avenir.

Je suis retourné brièvement dans la City (1), le temps de régler quelques détails administratifs. Pas vraiment l’occasion de flâner malgré deux belles journées d’été, ni de faire la tournée des grands-ducs. Ce n’est pas encore le bon moment. Pas eu envie de rester jusqu’au samedi 26 (2) et de revivre, avec un casting différent, le scénario de 2008 (3) qui fit l’objet d’un remake en 2009 (4). De tout cela, je suis revenu. Je ne puis affirmer avec certitude que l’on ne m’y reprendra plus, mais quoi qu’il en soit, plus à cette période de l’année. Histoire d’en finir une bonne fois pour toutes avec les débuts d’été qui ne tiennent jamais leurs promesses et de ne plus céder aux emballements de toutes sortes. Ni les miens, ni les vôtres.

Paris a changé. J’ai changé. Brièvement, j’eus l’impression d’errer tel un revenant au milieu de fantômes du passé et, finalement, je me suis senti quasiment étranger à ces groupes de spectres agglutinés sur le trottoir de la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. Ainsi suis-je passé sans les frôler, mais en les observant comme pour mieux me convaincre que nous avons peu de choses en commun.

Au hasard de mes pas j’ai rencontré un ancien flirt. Dans une ville peuplée de plusieurs millions d’habitants, c’est assez curieux. Nous en fûmes quittes pour cinq minutes de conversation, pour dire de prendre des nouvelles l’un de l’autre. In fine, je me suis demandé ce qui m’avait plu en lui. Énigme sans réponse. Peut-être qu’à l’époque j’étais in the mood for it. Bygones.

Vous souvenez-vous de ma soirée de départ, il y a presque trois ans, narrée dans le journal de mes adieux parisiens (5) ? Elle a permis de créer des amitiés nouvelles qui se sont cimentées avec le temps. De fait, des gens qui au commencement n’avaient que moi en commun sont devenus très proches. Peut-être que grâce à cela j’irai au Paradis…

À l’heure où j’écris ces lignes, je suis dans l’avion qui me ramène à Caribouland. Lorenzo avait raison : ces deux semaines m’ont fait du bien et je repars en meilleure forme qu’à l’arrivée. Fin prêt pour l’été. Fin ? Pas tant que cela, aux dires du pèse-personne ! Quatre kilos de plus que mon poids habituel, voilà qui n’est pas un signe de finesse. Assez finassé : il faut que je me mette au sport et que je mange davantage de fruits et de légumes. Pour ne pas devenir une courge !

En parlant de courge, c’est de cette façon que certains de mes amis ont qualifié les professionnels amateurs de notre si peu brillante équipe de « ballon au pied ». Je considère qu’il est dommage d’en faire tout un foin alors que dans le même temps un joueur de tennis français a disputé le match le plus long de l’histoire sur le gazon de Wimbledon. Le foot fait les gros titres, le tennis figure à la rubrique des chiens écrasés. Allez comprendre… ce fait mériterait tout un billet d’humeur mais je ne me sens pas d’humeur à l’écrire. Vu les crispations qu’entraîne le sujet je préfère éviter de donner des ulcères à mon lectorat. En parlant de lectorat, je me demande parfois si je suis encore lu. Non que j’y attache une grande importance – ça, c’était vrai à mes débuts – mais j’ai comme l’impression que je n’intéresse plus beaucoup. Sic transit gloria mundi.

Peut-être devrais-je aborder des thèmes anacréontiques avec une bonne dose de lubricité ! Et tiens, je vais écrire un petit conte d’arc-en-ciel mon mari !

 

27 juin 2010 (envoyé le 27 juillet 2010)

 

(1) En juin : mercredi 23 et jeudi 24

(2) Samedi 26 juin, si vous n’aviez pas encore compris que les événements relatés remontent au mois dernier.

(3) Cf. épisodes 92 et 94.

(4) Qui n’a jamais été évoqué dans « Zanzi and the City ».

(5) Cf. épisode 68.

 

 

TO BE CONTINUED...

 


(6.07)


buffet.jpeg


PREVIOUSLY ON ZANZI AND THE CITY : cliquer ici.

 

Il y a des moments dans la vie où l'on n'a plus rien à dire, non qu'il ne se passe rien, mais les choses qui se produisent se passent de commentaire sur le moment. Quand la douleur est trop chaude, il faut au moins attendre qu'elle tiédisse pour avoir le cran de la laisser parler.

Cela s'est passé début avril, c'était le weekend de Pâques. C'était la fin de l'hiver et le retour du printemps et des beaux jours, comme une espérance qui renaît après un long, très long sommeil. Il se prénomme Patrick, c'est un artiste et il peint des tableaux. Chez lui, artiste rime avec altruiste. Il aime rendre ses œuvres accessibles au plus grand nombre. C'est pourquoi il travaille pour un Dépanneur villageois afin de pouvoir vivre décemment. Il m'a plu, je lui ai plu : alors je suis allé passer le long weekend pascal chez lui, dans le sud de la Gaspésie.

Je suis donc parti le Vendredi Saint, et la journée s'est déroulée à la façon d'un épisode de la Quatrième Dimension, plaçant sur mon parcours des rappels de ma vie d'autrefois : l'église de Dalhousie et l'ensemble choral portant les noms des deux paroisses de mon enfance ; un restaurant à la frontière entre le Nouveau-Brunswick et le Québec portant le prénom de ma mère ; et pour terminer, retrouver chez mon hôte la jumelle exacte d'une reproduction du clown triste de Bernard Buffet. C'était bien trop de signes pour une seule journée et je ne savais exactement de quelle façon il convenait que je les interprétât. La seule chose que je savais, c'est que lorsque Patrick et moi nous sommes embrassés pour la première fois, en cette fin d'après-midi, l'aiguille de mon baromètre amoureux s'est mise à grimper pour indiquer la position « beau temps ». Là était le seul signe qui m'importait.

J'ai vécu quatre jours et quatre nuits comme un rêve, hors de mon temps et de ma routine habituels. Dans une cabane nichée dans les Appalaches, avec Patrick et ses trois chats, comme un défi à mon allergie aux félidés, j'ai touché du doigt le bonheur. Il y avait de la passion et de la tendresse au quotidien, à tout moment. Nous semblions ne jamais être rassasiés de nos baisers. Je m'imaginais déjà rester au Canada et couler des jours heureux avec lui dans la tranquillité bienfaisante de la nature environnante. Nous avons fait l'amour et j'ai exprimé des sentiments le plus naturellement du monde. Peut-être que je n'aurais pas dû...

Il a pris peur, trouvant que j'allais trop vite en besogne. Je ne l'ai pourtant pas demandé en mariage. Venant de quelqu'un qui a l'audace de m'accueillir quatre jours chez lui, c'est plutôt curieux de me reprocher d'aller vite. À quel moment les feux de détresse se sont-ils mis à clignoter ? Je ne saurais le dire. De retour à Moncton, il a fallu que je me rende à l'évidence : ce que je croyais être le miracle tant attendu n'était qu'un mirage de plus. Quelques explications plus loin, et voici ce qui ne va pas : mon sens de l'humour tendance ironique (qui est de l'auto-défense), et mes petites corrections sur la langue française quand elle est un peu malmenée à l'écrit : défaut d'un littéraire épris de sa langue maternelle mais qui ne pense pas à mal. Enfin, la cerise sur le gâteau : serais-je trop intelligent ? Il a fini par m'écrire qu'à côté de moi il aurait l'impression de passer pour mon « idiot d'accompagnement ». Quand je lis cela, j'envie les imbéciles heureux. Connaissent-ils seulement leur chance ?

Cela fait mal. Être rejeté pour des détails et des malentendus. « Ayez des élans ! » me disait Vincy en 2005. Tu vois, j'en ai eu, et pas qu'un peu. J'ai osé parcourir 750 kilomètres aller-retour, et ne le regrette pas. Mais on dirait que je n'ai vécu qu'un beau rêve au lieu d'une belle réalité, et cela ne me donne pas envie de recommencer. Il paraît que l'amour, c'est se donner complètement, sans rien attendre en retour. Je le crois volontiers, j'ai voulu tout donner, mais quand on n'est pas payé de retour, ne serait-ce qu'à moitié, c'est juste impossible. L'amour a besoin d'encouragement comme une plante a besoin d'eau pour fleurir et s'épanouir. Depuis mon retour à Moncton, je n'ai pas reçu le moindre encouragement susceptible de me donner l'espoir que ces quatre jours n'étaient pas vains.

Alors le scénario habituel a repris son cours, ramenant dans son sillage les mêmes névroses, les mêmes troubles psychosomatiques, et le spleen MacBealien. Le plus clair du temps, mon visage se peint des couleurs de la tristesse, de la lassitude et de la désespérance que me donne cette éternelle solitude dont je ne parviens pas à briser les chaînes. Il est comme le clown triste de Buffet, que j'avais retrouvé chez Patrick, longtemps après qu'il ait disparu de mon quotidien. Lorsque j'étais enfant, ce clown me faisait peur. Aujourd'hui, je l'incarne. Je suis un blagueur, mordant et moqueur, qui cache difficilement la mélancolie qui le ronge. Alors on me dit pessimiste et déprimant. Je diffuse de mauvaises ondes et deviens un repoussoir. Ne serait-il pas temps de me remiser, moi aussi, au fond d'un grenier rempli d'objets dont on ne veut plus ?

 

 

TO BE CONTINUED...

16 mai 2010

 


(6.06)


johnny-hallyday-fait-taire-rumeurs-L-1.jpeg jean_sarkozy_2.jpg


PREVIOUSLY ON ZANZI AND THE CITY : cliquer ici.

 

Je continue de déverser ma bile sur ce qui m’a donné des boutons de fièvre en 2009 (et ça continue en 2010).

 

Johnny

Vous savez de qui je veux parler. Avant 1960, il aurait fallu préciser : Johnny Guitar, Johnny Weissmuller, Johnny Depp (pas encore né)… En 2010, quand on dit « Johnny », c’est pour évoquer Monsieur Jean-Philippe Smet à l’état civil, ou si vous préférez, l’ancienne idole des jeunes (ou l’idole des anciens jeunes, ce qui revient au même). Rien que ce surnom, attribué dès ses débuts à 16 ans, a marqué de son sceau indélébile (mais débile) le culte de sa personnalité que des générations de veaux en délire allaient lui vouer : l’idolâtrie. Le mois dernier, la France (1) a failli vivre en direct un drame national encore plus retentissement que le trépas prématuré de Michael Jackson. Eh oui ! Il s’en est fallu d’un coup de bistouri que Johnny Hallyday ne meure, laissant tout un peuple orphelin.

Envoyés spéciaux campant devant un célèbre hôpital de Los Angeles, hebdomadaires d’information faisant leur Une de cette catharsis, buzz médiatique quotidien jusqu’à l’écœurement, vendetta mystérieuse visant le chirurgien « coupable » d’avoir « massacré » le dieu du rock, menaces de procès et affaires de gros sous, aucun détail n’aura été épargné à la populace avide de sensationnel, comme à ceux qui, comme moi, s’en fichent comme d’une guigne. Je parie que certains ont été déçus que Johnny n’ait pas eu le bon goût de mourir afin que la tragédie s’accomplisse pleinement. Ceux-là ont manqué de peu être récompensé par le geste énigmatique de sa fille aînée, Laura Smet, qui aurait tenté de se suicider dans l’église Saint-Germain des Près (!). Pour l’occasion, un jigai (2) sur le parvis de Notre-Dame bondé de touristes Japonais eut été préférable. Mais seules les mauvaises langues ont osé parler d’un suicide, il ne s’agissait que d’un « malaise ». La rumeur de la ville prétend que David (Hallyday, pas Douillet) en aurait fait un lui aussi. Selon son gynécologue, il serait enceint. Nul doute que si la rumeur est confirmée, elle fera les gros titres pendant des semaines…

 

John

En parlant de grossesse et pour continuer avec un anglicisme, à l’heure où j’écris ces lignes le jeune Jean Sarkozy est fraîchement papa d’un petit garçon que lui a donné son épouse, la riche héritière Jessica Darty. La dépêche de l’Agence France-Pouffe précise que : « Selon une source parlementaire, le nouveau-né se prénommera Solal, comme le héros de "Belle du Seigneur", le roman de l'écrivain suisse Albert Cohen ». Comme second prénom, je suggère Lyne. Si un jour il était candidat aux élections municipales dans le 5e arrondissement de Paris, ça promettrait un joli bazar (3). La relève est assurée, et son grand-père doit être fier comme Artaban à l’idée qu’il a probablement fondé une dynastie politique. Je me demande toutefois ce qu’en pense la jeune et belle Carla, soudain promue au rang de belle-grand-mère par alliance…

Mais revenons-en à Jean. N’est-il pas épadant (4), ce joli garçon ? Voici un jeune homme qui n’a pas froid aux yeux et qui fait tout encore plus vite que son illustre père : élection, mariage, paternité. Du moment qu’il ne pousse pas le mimétisme au point de divorcer l’été prochain, tout ira bien pour lui. J’ignore s’il a été élevé au Banania, mais si la précocité est inscrite dans son patrimoine génétique, son fils risque bien de le dépasser et de rafler quelques bonnes places à son nez et à son brushing. Solal Sarkozy, président du conseil municipal des jeunes de Neuilly en 2022 ? C’est bien possible. En tout cas, j’espère pour lui que ce nouveau-né vivra loin du tumulte politico-pipolo-médiatique, déjà que, si le prénom est confirmé, ses initiales lui vaudront de nombreuses railleries à l’école… Mais j’ai bien peur que la fatalité ne lui réserve un mauvais sort. Il est né le jour où un puissant séisme de magnitude 7 a dévasté Haïti. C’est de mauvais augure. La reine Marie-Antoinette naquit, elle, le jour du tremblement de terre qui ravagea Lisbonne en 1755… Tonton Pierre ayant, quant à lui, récemment failli être transformé en poterie sur une île brésilienne, je n’ose imaginer ce qui attend la première famille de France en 2012 ! Il vaudrait sans doute mieux pour eux qu’ils se fassent oublier de tous, et s’en aillent élever des oies ou des poneys en Corrèze. Mais comme le disait le duc Max en Bavière (5) à propos de sa fille Sissi (en tout cas, dans les films d’Ernst Marischka) : « On n’échappe pas à son destin ».

 

(1) Mais aussi la Belgique, Monaco et la Suisse…

(2) Suicide japonais, équivalent féminin du seppuku (plus connu sous le nom de hara-kiri). N’ayant pas le droit de se faire seppuku à la manière des hommes (c’est-à-dire, en s’ouvrant l’abdomen avec un sabre), les femmes se tranchent la carotide avec un poignard.

(3) Peut-être y affronterait-il Lyne Cohen-Solal, adversaire acharnée de Jean Tibéri dans cet arrondissement, si toutefois elle fait encore de la politique dans dix-huit ans…

(4) Il n’y a aucune faute de frappe. L’auteur se permet d’inventer un nouveau participe présent.

(5) Maximilien de Wittelsbach (1808-1888), duc « en » Bavière (en allemand, « zu Bayern »), et non « de Bavière » (von Bayern), chef de la branche collatérale autrefois palatine dite « des Deux-Ponts de Birkenfeld », père de la célèbre impératrice Elisabeth d’Autriche, etc. Pour de plus amples informations sur les différences subtiles existant entre le « von » et le « zu », veuillez consulter un vieil exemplaire de l’Almanach de Gotha de Justus Perthes.

 

 

TO BE CONTINUED...

20 janvier 2010

 


(6.05)


superdupont.jpg

PREVIOUSLY ON ZANZI AND THE CITY : cliquer ici.

 

À l’origine, la websérie Zanzi and the City est un billet d’humeur. Et si je revenais aux fondamentaux ? Au sortir de la triste année 2009, l’envie me saisit de pousser un coup de gueule sur tout ce qui me déplaît, et tant pis si cela fait grincer des dents, pleurer Margot, ou s’évanouir les âmes sensibles. Elles n’ont qu’à s’abstenir de me lire. Les autres, sortez votre flacon de sels !

 

Le débat sur l’identité nationale

C’est le gros buzz de la fin de l’année 2009. Au-delà des mers, il a même été demandé d’organiser des réunions pour que les Français de l’étranger participent au débat. Cette seule phrase suffit à poser une question intéressante : il y a donc des Français qui vivent à l’étranger, et donc, vivent leur identité nationale en dehors des frontières de la France métropolitaine. Qu’est-ce donc, pour eux, qu’être Français ? S’agit-il de contribuer, par la voie de l’expatriation, au rayonnement de notre grande et belle nation et de sa culture ? D’inscrire ses enfants dans un Lycée Français (pour info, la fille de Madonna est inscrite au Lycée Français de Londres) (1) ? De solliciter le consulat français pour tenir à jour son état civil et faire renouveler sa carte nationale d’identité et son passeport ? Pour des cumulards, binationaux voire trinationaux, qu’est-ce qu’être Français ?

Les historiens, eux, débattent depuis des lustres pour déterminer la date de naissance de la France. Leurs a priori dépendent beaucoup de leurs sympathies politiques. Les républicains pur jus la font naître en 1789. D’autres, moins limités, à l’épopée johannique (2). Pour d’autres, encore, la France est née à Bouvines en 1215. Les plus archéologues remonteront le temps jusqu’au baptême de Clovis. À l’école, je ne sais plus si cela se fait encore, la maîtresse nous enseignait « nos ancêtres les Gaulois ». La France remonte à Vercingétorix ! D’où, pour commencer, le postulat suivant : n’en déplaise aux déculottés, la France n’est pas née en 1789. À ce compte, elle serait plus jeune que les États-Unis d’Amérique. Un comble !

Cependant, quelle que soit la date retenue, de l’an -52 avant Jésus-Christ (bataille de Gergovie contre les légions de Jules César) à la prise de la Bastille, chacune illustre un événement lié à un sentiment d’appartenance nationale. La France n’est pas née d’hier, les débats dans la cour (la basse, celle où les coqs cocoricotent) non plus. Et si, être Français, ce n’était rien d’autre que d’être un débatteur râleur ?

 

Le terrorisme

Il nous empoisonne la vie depuis longtemps (je signale qu’entre 1793 et 1795 la France fut gouvernée par des terroristes, d’où l’appellation de « Terreur » pour qualifier la période), mais plus particulièrement depuis 9 ans. Le débat sur l’identité nationale a glissé sur l’immigration et de l’immigration aux islamistes qui fournissent le plus gros contingent actuel de terroristes. Je schématise l’idée générale. Entre-temps, les États-Unis se sont affolés suite à une tentative d’attentat sur un vol Amsterdam-Détroit. Conséquence : renforcement des contrôles déjà énormes et innovation technologique : les scanners corporels. Vous qui voyagez, sachez qu’aucun détail de votre anatomie n’échappera plus à l’œil aiguisé de l’agent qui vous déshabillera du regard. Tout ce qu’il faut espérer, c’est que ce luxe inouï de précautions permettra de détecter la présence indélicate d’une substance explosive dans le rectum. Interdira-t-on d’embarquer un passager dont les intestins produisent des gaz et qui risque de péter à tout instant ?

Le terrorisme, ce n’est pas seulement faire exploser des avions pour pousser les Américains à s’élancer sur de nouveaux théâtres d’opérations (euphémisme pour dire « faire la guerre »), comme par exemple le Yémen, où ils pourront expérimenter les dernières inventions de leurs docteurs Folamour (souvenez-vous que la première guerre du Golfe fut l’occasion de tester la bombe au graphite). Le terrorisme, c’est inspirer la crainte des peuples, de n’importe quelle façon, en répandant surtout des informations anxiogènes dans un monde qui a perdu ses repères traditionnels et n’accepte plus la mort. Les médias diffusant pendant des mois les feuilletons sur la grippe aviaire, puis le SRAS, enfin la grippe porcine alias virus A/HIN1, les 90 millions de doses avec lesquelles le gouvernement prétendait piquer toute la population, le business des groupes pharmaceutiques brassant des milliards en jouant sur la peur, c’est aussi du terrorisme. La crise financière ? Du terrorisme ! Et ce n’est pas fini, car dans le courant de l’année une nouvelle vagues de subprimes devrait venir frapper, ainsi qu’un ressac, les organismes cupides qui n’ont décidément rien appris du premier coup de semonce et continuent de s’en mettre plein les poches. Enfin le terrorisme, c’est aussi, hélas, menacer de la peine de mort quiconque pratique l’homosexualité en Ouganda.

Ah ! comme il semble loin, le bon vieux temps où l’on voyageait en toute insouciance avec un passeport fait à la main. En ce temps-là, on pouvait aussi fumer dans les avions.

— Quoi ? Fumer ? Mais fumer tue, provoque le cancer, blablabla…

— Ta gueule, terroriste !

 

(1) À l’étranger, est un Lycée Français un établissement qui dispense un « enseignement Français », c’est-à-dire, celui qui est dispensé dans les structures françaises selon les critères de l’Éducation nationale. À ne pas confondre avec un lycée qui dispenserait un enseignement « en français » selon les méthodes en vigueur dans le pays où il se trouve.

(2) Épopée johannique : terme qualifiant les aventures de Jeanne d’Arc (1429-1431), qui « bouta l’anglois hors de France ».

 

 

TO BE CONTINUED...

10 janvier 2010

 


(6.04)


gay_devil.jpg

PREVIOUSLY ON ZANZI AND THE CITY : cliquer ici.

 

À l’origine, la websérie Zanzi and the City est un billet d’humeur. Et si je revenais aux fondamentaux ? Au sortir de la triste année 2009, l’envie me saisit de pousser un coup de gueule sur tout ce qui me déplaît, et tant pis si cela fait grincer des dents, pleurer Margot, ou s’évanouir les âmes sensibles. Elles n’ont qu’à s’abstenir de me lire. Les autres, sortez votre flacon de sels !

Le climat


Le gratin de la planète s’est donc retrouvé à Copenhague le mois dernier pour tenter de trouver un accord en vue de lutter contre le réchauffement climatique, notamment sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, ce monstre tentaculaire qui menace l’humanité. Réchauffement climatique, dîtes-vous ? Je passe mon troisième hiver consécutif au Canada et jamais de vie je n’ai vu autant de neige que depuis novembre 2007, lorsque tomba la première chute de 40 centimètres. Une double grosse bite de poudre blanche, rien que ça. Et le phénomène n’a eu de cesse de se reproduire pendant six mois. Et six mois plus tard le festival a recommencé. Et de nouveau, nous sommes en plein dedans. Réchauffement climatique ? Le scénario apocalyptique qui me touche n’est autre que l’enfouissement sous des tonnes de neige. J’attends le jour où la pluie viendra...

Oh certes, la banquise fond, et on nous le prouve, photos à l’appui ! Oui, comme tout le monde ou presque, j’ai regardé Home, et je me désole de l’état dans lequel l’humanité a plongé la terre nourricière. Si la Terre se venge, tant mieux. Que des milliers de personnes meurent au cours d’un tremblement de terre, d’un raz-de-marée ou d’un cyclone me laisse indifférent. Si les catastrophes naturelles font plus de victimes, c’est parce que les victimes potentielles sont plus nombreuses qu’autrefois à habiter les zones dangereuses. Pascal Sevran l’avait dit, et cela avait sifflé dans les oreilles des bien-pensants du politiquement correct : dans les pays émergents – on ne parle plus du Tiers Monde : Monsieur Alfred Sauvy, votre expression a fait long feu – (mais au fait, de quoi émergent-ils ces pays, des ténèbres ?) les peuples se reproduisent encore comme des lapins et c’est bien cette surnatalité qui crée un déséquilibre et menace, comme c’est paradoxal, la survie de l’espèce humaine. La solution ? Certains préconisent d’étendre aux pays producteurs de marmaille la politique chinoise de l’enfant unique. Il serait intéressant de proposer à côté un mode de vie alternatif : l’homosexualité, qui contribue au développement durable en ne participant pas au renouvellement des générations.

Les « droits » des gays et des lesbiennes


Seulement voilà, il existe des gays et des lesbiennes qui veulent vivre comme les couples hétérosexuels et revendiquent les mêmes droits, dont celui d’élever des enfants. Baste ! Un droit, ça ? Plutôt un devoir, un engagement pour la vie, et durant les 25 premières années, une corvée. Voulez-vous donc changer les couches, vous lever 3 fois par nuit, vous réveiller à 6 heures du matin pour préparer le petit déjeuner mais aussi le goûter que vos chérubins emporteront à l’école où vous ne manquerez pas de les conduire ? Voulez-vous vous saigner aux quatre veines pour que votre précieux rejeton reçoive un enseignement de plus en plus de piètre qualité, mais concurremment, de plus en plus cher à payer ? Grand bien vous fasse ! Élever des enfants, c’est comme le coût de la justice au Canada, réservé aux riches ou aux pauvres. Ce n’est pas pour les classes moyennes. Vous voulez un gamin ? Pondez-en un, adoptez-en un, mais n’allez surtout pas imiter Angelina Jolie et Joséphine Baker, sauf si vous en avez les moyens. Cette saillie mise à part, je considère que les couples de même genre devraient avoir le droit d’adopter des enfants si bon leur semble. À défaut, ils peuvent accéder à la parentalité par d’autres moyens (dont la procréation naturelle) ; ils ne font pas de plus mauvais parents qu’un couple hétérosexuel, au contraire !

Là où le bât blesse, c’est dans la revendication du mariage. Qu’est-ce donc que cette fantaisie de vouloir absolument vous attacher avec un nœud que vous trancherez avec férocité dès que celui-ci commencera à vous étrangler ? Ma profession m’a mis en contact avec des cas de divorces. Douloureux, sordides, et quelquefois tellement au-delà des mots que j’en viens à me demander comment les protagonistes ont pu s’aimer un jour. Et qui trinque le plus dans ce jeu de massacre familial ? Les enfants ! J’ai récemment lu dans Marianne un article de fond sur le sujet du divorce, rendu plus facile par le législateur. Grâce à la bienveillance de nos gouvernants, et à l’exemple édifiant du premier d’entre eux qui nous a offert le spectacle d’un divorce-express avec sa deuxième femme et première « Première Dame », aujourd’hui on peut divorcer comme on va acheter une baguette chez le boulanger. Les gens n’imaginent pas ce qui les attend au bout du chemin : dissolution des biens communs, division par deux du revenu disponible, prestations en tous genres, déclassement social (aussi bien pour les hommes que pour les femmes). Quand un couple marié explose, c’est Hiroshima dans la famille. Selon les statistiques, 40 % des couples mariés au cours de la dernière décennie divorceront. Se marier coûte cher, divorcer coûte encore plus cher. Mais pour le divorce, cela s’entend au propre comme au figuré. Le droit au mariage est, de facto, un droit au divorce. Tel est le revers de la médaille tant convoitée. En tant qu’humaniste, je suis évidemment favorable à ce que tout le monde bénéfice des mêmes droits, quand bien même ceux-ci sont des pièges à cons. En tant qu’homme libre, je suis contre le mariage. Pour nuancer mon propos, je suis contre le mariage d’amour, foutaise romantique frappée du sceau mortel de l’éphémère. En revanche, se marier par intérêt offrirait, à mon sens, davantage de garanties quant à la pérennité de l’union.

 

TO BE CONTINUED...

6 janvier 2010

 


(6.04)


handicap-copie-1.jpg

PREVIOUSLY ON ZANZI AND THE CITY : cliquer ici.

 

Pour commencer ce billet, je vais oser un trait d’esprit qui, peut-être, aura l’honneur de figurer un jour dans le Dictionnaire des proverbes, sentences et maximes (édition 2119) : « L’amour est aveugle, c’est pourquoi il ne m’a jamais vu ». Avant que le club de mes ex ne se mette à pousser des cris d’orfraie, je dois reconnaître que ce n’est pas vrai. Aveugle, myope ou presbyte (sans jeu de mots, svp), l’amour a croisé ma route plusieurs fois. Je me suis souvent interrogé sur les raisons de mes échecs, je pense même les avoir déjà évoquées à plusieurs reprises sur ce blog : problème de la distance, mauvais timing... Mes plus récentes réflexions m’ont amené à considérer que la réalité est encore pire que cela : je cours après l’amour et le fuis dès qu’il s’approche de moi.

Indéniablement, il y a matière à réflexion psychanalytique et remue-ménage cérébral auquel je ne vais pas me livrer dans ces quelques lignes. Je constate seulement que je suis un handicapé sentimental. Que celles et ceux qui ont la malchance de souffrir d’un handicap physique se rassurent : ce désordre émotionnel qui affecte ma vie privée ne me donne aucun droit ; donc, pas de place de parking ni de réduction SNCF. Au demeurant, je ne les revendique pas. La morale est sauve.

Je tiens juste à lancer une mise en garde aux aventuriers qui auraient l’imprudence, l’audace, le courage, l’inconscience ou la témérité de s’éprendre de ma complexe et tortueuse personne : il vous faudrait du temps pour apprivoiser l’animal sauvage que je suis, et lui inspirer confiance. Vous seriez en présence d’un émotif nerveux qui n’a pas encore confié ses névroses à un professionnel, et ne possède donc pas la clé qui lui permettrait d’en venir à bout. Vous devriez aussi convaincre un être blasé, cynique et désabusé, que, contrairement à ce qu’il croit, il a droit lui aussi au bonheur, et qu’il peut le trouver auprès de vous et avec vous. Autant dire que la tâche s’annonce difficile. Si tout ce que je viens d’écrire ne vous décourage pas, alors la médaille du mérite vous tend les bras.

Pour terminer, je vous livre ce sonnet de mon ami le poète Damien Dauphin, si toutefois vous ne vous demandez pas à quoi rime la poésie.

 

N’attends pas que je sois le compagnon parfait.

J’ai vécu trop longtemps à moi-même livré,

Et d’une vie à deux n’ai point l’expérience.

Sois donc compréhensif, armé de patience.

 

Si tu crois que la vie n’est qu’un jour de beau temps,

L’amour s’envolera au premier coup de vent.

Nous devrons affronter ouragans et orages

Avant que le soleil transperce les nuages.

 

Nous aurons un chez-nous en parcourant la terre,

Ferons notre foyer de la planète entière.

Quand, à la fin des temps, nous toucherons au port,

 

Je t’aimerai autant, je t’aimerai encore.

La mort ne peut tuer un véritable amour

Qui dans l’éternité est vivant pour toujours.

 

Écrit le 24 novembre 2009

 

[Edit du 10 décembre 2009]

Le fait de publier les épisodes de ma saga avec un temps de retard rend nécessaire leur datation car, entre le jour de l’écriture et celui de sa mise en ligne, il peut s’en passer des choses ! En l’occurrence, il s’est produit quelque chose : j’ai décidé de ne plus fuir.

If you wonder why, let me tell you it’s all about love.

 


(6.03)


http://www.france.or.th/IMG/arton1609.jpg

PREVIOUSLY ON ZANZI AND THE CITY : cliquer ici.

 

Mes lectrices et lecteurs l’auront peut-être compris depuis quelques temps déjà, au fil des indices semés çà et là, qui par moi, qui par Daniel : je suis une espèce d’ambassadeur. Qu’est-ce qu’un ambassadeur ? Selon le bon mot de Sir Henry Wotton (1568-1639) (1), c’est « un honnête homme que l’on envoie mentir à l’étranger pour le compte de son pays ». Un ambassadeur est un diplomate. Qu’est-ce qu’un diplomate ? C’est un homme qui veut dire « peut-être » quand il vous dit « oui », et qui veut dire « non » quand il vous dit « peut-être ». S’il dit « non », ce n’est pas un diplomate. J’ai toujours eu les plus grandes réticences à dire non.

Un ambassadeur est un nomade. Tous les trois ou quatre ans, l’administration le fait changer de place. C’est un gitan au long cours, un zingaro de luxe, un esprit errant mais non sans patrie, contrairement à ceux du Spleen IV de Charles Baudelaire. C’est donc un pionnier, il fut depuis bien longtemps en avance sur notre époque qui vante la mobilité géographique et professionnelle. Son seul regret est de n’être point libre.

Voici deux ans et deux mois que je suis en poste au Royaume de Caribouland, un pays où l’on coupe du bois, pompe du pétrole, chasse les phoques, et grelote sous des mètres de neige durant une saison hivernale qui dure, selon les années, de six à huit mois. Arrivé à ce stade, je n’éprouve que lassitude et mélancolie, loin des riantes contrées du Royaume de France, depuis son comté de Flandre avec ses Ch’tis célèbres, en passant par le duché de Normandie paternel, et en traversant ses paysages changeants aux reliefs inégalés, le beau jardin des duchés d’Anjou, du Maine et de Touraine, le dauphiné d’Auvergne, et plus au sud, le comté de Nice arraché au perfide roi de Sardaigne ainsi que son duché de Savoie et le Mont-Blanc dont nous conservons, jalousement, et au grand dam de nos voisins Italiens, la souveraineté pleine et entière sur son sommet. Je m’étiole de même, loin des rives chéries de la Méditerranée et du royaume chérifien qui m’a adopté. Vous me manquez à en mourir.

Lorsque j’étais en poste au Royaume de Belgique, je ne suis resté que deux ans. Je peux dire que je suis parti au bon moment, car ensuite la situation s’est dégradée. Esteban, s’il lit ces lignes, pourrait en témoigner. Une troisième année ne m’aurait rien apporté et j’avais fait le tour du sujet. De retour à Paris, ce fut différent. J’étais lassé d’emblée. Il faut dire que le travail dans la capitale n’est guère passionnant. J’ai fait contre mauvaise fortune bon cœur et tenté de positiver ma situation. Il n’en demeure pas moins que la troisième année fut difficile à vivre. Il vous suffira de relire le journal de mon spleen McBealien pour vous en apercevoir.

Aussi, alors que je me trouve de facto dans ma troisième année à Caribouland, me posé-je cette question existentielle : est-ce que je fais l’année de trop ? Il me faut y répondre oui sans hésiter, car déjà mon souhait aurait été d’en finir dès l’été dernier. J’ai oublié pour quelles raisons je suis encore ici. Mais je n’y suis pas bien. Depuis la fin de l’été, je vogue à la dérive comme un bateau ivre. Je m’invente des maladies, peut-être inconsciemment dans l’espoir d’être rapatrié en avion sanitaire. Plus rien ne me motive, mais peut-être que l’écriture de ce texte est une lueur d’espérance au cœur de la nuit qui m’entoure.

Mon déménagement a commencé : je trie enfin des papiers dont certains remontent au début de la décennie. C’est ainsi que je redécouvre des histoires de ma vie, croise des fantômes de mon passé, et me remémore des amours défuntes et inachevées. Il est temps d’y mettre bon ordre. Lorsque tout sera convenablement rangé dans une boîte, je pourrai, au bon plaisir de la Providence, tourner définitivement la page de mon ancienne vie et en commencer une nouvelle.

 

6 novembre 2009

 

(1) Auteur anglais et diplomate qui n’a rien à voir avec l’homonyme inventé par Oscar Wilde dans Le Portrait de Dorian Gray.

 


(6.02)




PREVIOUSLY ON ZANZI AND THE CITY : cliquer ici.

 

Un visage me fait face. Grand sourire. Ses bras m’agrippent et m’entraînent, pauvre chiffe molle, vers ses lèvres. Je me laisse faire, m’abandonne sans résistance. Je suis trop faible pour lui rendre son baiser. Les yeux clos, je tente encore de me remémorer la veille. Une langue gourmande fourrage ma bouche engourdie. Ma réputation de meilleur embrasseur du monde va en prendre un coup. J’ouvre les yeux. Interloqué, je me souviens enfin de la veille. La chapelle aux mariages, le gospel, les alliances… des fous rires. Ce n’est qu’un jeu. Du tapis vert à la blanche chapelle, tout n’est que jeux à Las Vegas.

— Je vous déclare punis par les liens du mariage ! Ah ah ah !!!

Le baiser cesse. Son sourire ultra-bright de star m’éblouit. Ses mains caressent mes cheveux, à présent je me souviens de tout. Devant moi se tient le sosie d’Elvis Presley, pas celui de la déchéance des dernières années, pas l’épave boursouflée, mais l’Elvis de la fin des années 60, encore beau et fringant, qui venait d’épouser Priscilla Beaulieu. Je n’ai pas épousé Scarlett, mais Elvis, le serial marieur de la wedding chapel ! Comment en suis-je arrivé là ?

La veille, enfin remémorée. Nuit du 16 au 17 juillet. Scarlett et moi quittons le Rouge Bar un peu éméchés. J’ai quatre mojitos dans le buffet, tandis que mon amie s’est envoyé une demi-bouteille de Cardhu comme on boit de l’eau minérale. Elle appelle un taxi. Le trip commence dans un bar à putes dont je n’ai pas retenu le nom. L’ambiance est glauque à souhait. Je proteste, n’ai pas envie de me faire tripoter.

— C’est pas pour toi, c’est pour moi ! gronde l’Irlandaise.

Et elle y va franco, renversante sur le comptoir, la pute frémit et son râle de plaisir étouffe le bruit d’un verre qui se brise. Deux cowboys, l’air goguenard, matent la scène avec une concupiscence non dissimulée. Une bosse se forme au niveau de leur entrejambes, bientôt leurs membres sont à l’air libre, gonflés d’excitation devant ces deux femmes qui font trembler les murs et les bouteilles. C’est obscène et fascinant. Les deux hommes s’approchent des deux femmes et le duo vire à l’orgie à quatre. Je demande au barman s’il fait les orgasmes. Il n’a pas l’air de savoir que je parle d’un cocktail au Bailey’s. Hypnotisé par la bacchanale qui se déroule sous ses yeux, il ne remarque même pas que je le contourne pour me servir moi-même un gin tonic. Alors que j’avale la dernière gorgée de mon verre, des cris saillants et caractéristiques m’annoncent au son du clairon que le dévergondage exhibitionniste du joyeux quatuor vient d’atteindre son point paroxystique.

 

Le taxi nous a attendus patiemment. Cette nuit, il va se faire des couilles en or. Cinq rues plus loin, nous assistons à ce qui ressemble à un meurtre, ou tout au moins à un vol à l’arrachée qui tourne mal. Nous ne sommes plus dans les bons quartiers, ceux qui protègent les touristes sous une bulle dorée. Notre cocher n’est pas téméraire, il bifurque rapidement. Passent de nombreuses minutes, qui ressemblent à un grand moment de solitude. Les cowboys sont restés au bar mais Scarlett a emmené sa nouvelle meilleure amie pour continuer la partie dans la voiture. La chapelle apparaît soudain.

— Arrêtez-vous là !

C’est blanc, c’est kitsch, c’est plutôt petit. « Elvis » est en train de marier un couple surexcité, tandis que deux autres attendent déjà leur tour. Ma contemplation du sacrement du mariage à la sauce yankee est troublée par les cris d’une chamaillerie. Scarlett vient de larguer sa pute. Une demi-heure plus tard, nous voici seuls avec Elvis. La nuit touche à sa fin, pour son business ce sont les heures creuses. Nous rions, délirons. Scarlett prend la place de l’officiant, plus évangélique qu’angélique, s’empare d’une Bible rose et entame le rituel. Il ne dure que trois minutes. Elvis roucoule des vœux et Scarlett prononce notre mariage. Nous échangeons des alliances, il y en a toujours en stock.

 

Vendredi 17 juillet, 15h15. J’affronte ma bataille de Marignan, j’ai enfin les idées claires. Que vaut le mariage de deux hommes, prononcé une femme qui n’a pas la compétence légale pour le faire ? Rien.

— À Las Vegas, la vie est un jeu.

Scarlett vient d’entrer dans la chambre, radieuse. Elle rit de bon cœur à la blague qu’elle vient de me faire. Elvis rit de concert, il échange avec elle un regard complice. Mes nerfs se détendent et je ris aussi.

— Zanzi chéri, me lance-telle, habille-toi vite. Tu es invité à un mariage et c’est pour dans quarante-cinq minutes.

— Encore un mariage ?

— Le mien, avec Aidan ! Tu es mon témoin.

— Aidan ?

— C’est moi, dit Elvis.

 

À 16 heures, deux Irlandais fous d’amour et espiègles se disent « oui » pour la vie. Mon trip n’est plus si bad. Royale, Scarlett m’a payé d’avance les deux prochaines nuitées au Bellagio. Six heures plus tard, à l’entrée d’une suite somptueuse, les jeunes mariés me souhaitent une bonne nuit. La leur ne fait que commencer, et je ne doute pas un instant que les murs de l’hôtel s’en souviendront de nombreuses années.

 

 


(6.01)




PREVIOUSLY ON ZANZI AND THE CITY : cliquer ici.

 

Brume de cerveau. Nauséeux au réveil, la tête chancelante, les paupières lourdes, j’ouvre difficilement un œil alors que le soleil trône déjà haut dans le ciel. Quelle heure peut-il être ? L’horloge digitale posée sur la table de chevet indique 14:53. Encore… Fréquemment, quand je consulte le cadran durant l’après-midi, il affiche cette heure qui me rappelle invariablement une date. Avais-je vécu en direct la chute de Constantinople au cours d’une vie antérieure ? Je le crois. 14h53, déjà ? J’ai un arrière-goût pâteux dans la bouche, mes yeux se sont refermés et j’essaie de rassembler mes esprits. Où suis-je ? À Las Vegas. Qu’y fais-je ? Ou plutôt… Oh mon Dieu ! Mais qu’y ai-je fait ?

Je suis dans un lit qui me semble trop vaste pour moi. Un lit king size, extra-large, capable de supporter le poids d’un américain moyen en surcharge pondérale, ou d’héberger quatre personnes de mon gabarit pour une partie carrée. Les draps sont luxueux, froissés. Il y a bien six ou sept oreillers, tous éparpillés. La chambre est spacieuse, elle me semble immense, me donne le vertige. Je dois me souvenir… de ce que j’ai fait la veille. Je fouille ma mémoire à tâtons, je suis sonné, mal réveillé, pas réveillé du tout.

— Qu’est-ce que je fous ici ?

Je suis assommé comme quelqu’un qui n’a pas dormi la nuit précédente, s’est couché dans la matinée et n’a sombré que deux ou trois heures dans les bras de Morphée. À l’évidence, je n’étais pas seul. Soudain, cela me revient. Scarlett !

— Scarlett ?

Je revois Elvis Presley nous chanter « Love me tender » dans une wedding chapel. Ce n’est pas possible, c’est un mauvais rêve. Je regarde ma main : il y a bien un anneau d’or à mon annulaire. Merde ! Je la cherche du regard, l’appelle. Personne. Pas de réponse. La salle de bains ! Je vais ouvrir cette porte et trouver un tigre derrière, non ? Au point où j’en suis. Non. La pièce est vide. J’ai besoin d’une douche. La pluie artificielle s’abat sur mon corps fatigué et m’extirpe peu à peu de la torpeur dans laquelle je suis plongé. Alors, je me suis marié ? Avec une femme !?

15h12. J’ai envie de m’effondrer. La terrasse est comme un halo de lumière, il fait très chaud dehors, le soleil brûle. M’exposer, me laisser consumer. À quel étage suis-je ? Assez haut, suffisamment pour faire le saut de l’ange. Si je suis dans un rêve, je n’ai plus qu’à sauter pour provoquer mon réveil. À condition que je tombe à la renverse. Si je plonge en avant, je vais m’envoler. Il en va toujours ainsi.

— Mon chéri, tu es réveillé !

Tout au bord du précipice, je sursaute. Qui a parlé ?

La veille. Je dois me remémorer la veille. Les images se télescopent dans ma tête, se mêlent ; je m’embrouille. Ma vie, un film récemment sorti sur les écrans, une série des années 80 avec Robert Urich, un épisode de La Croisière s’amuse, le générique de Croque-Vacances, le visage de Casimir… Mais que se passe-t-il ? Je n’ose pas me retourner. Je dois me remémorer la veille. Le balcon se dérobe sous mes pieds et m’entraîne dans une chute vertigineuse. Qui a parlé ? La veille… aujourd’hui… Je n’y arrive pas. La tête me tourne, je tourne la tête. Un visage me fait face. Grand sourire. Ses bras m’agrippent et m’entraînent, pauvre chiffe molle, vers ses lèvres. Je me laisse faire, m’abandonne sans résistance. Je suis trop faible pour lui rendre son baiser. Les yeux clos, je tente encore de me remémorer la veille. Une langue gourmande fourrage ma bouche engourdie.

Ma réputation de meilleur embrasseur du monde va en prendre un coup.

J’ouvre les yeux. Interloqué, je me souviens enfin de la veille. Very bad trip

ZANZINTERVIEW (3)

 



Zanzi, interviewé par Gérard Coudougnan

(Un remake de La vieille et le bête  [Note de Daniel C. Hall])

 


Le Père Docu : Bonjour Monsieur Zanzi. Je suis infiniment touché par l’insigne honneur que vous faites à un rat de bibliothèque en lui accordant quelques minutes de votre radieuse présence.

Zanzi : Bonjour Père Docu.

 

Le PD : Je suis envoyé spécial, mandaté à la fois par les Toiles Roses et Overblog : depuis l’annonce de la fin de votre chronique, vos lecteurs hystériques ont fait exploser le site et son serveur.

Z : N'oubliez pas mes lectrices. Daniel C. Hall y tient beaucoup. Oui, je sais, j'en en ai entendu parler. L'opératrice est paraît-il en ce moment même en cure de repos.

 

Le PD : J'avais utilisé un terme qui englobait, sexisme de la grammaire, nos amies. Mais cette précision est en effet capitale. Pourriez-vous m’expliquer pourquoi tous ces fans déchaînés ne cessent de dire que le 11 septembre n’était qu’un « détail » en comparaison avec le 17 juillet ? C’est l’un des leitmotivs de leur déchaînement auquel notre rédacteur en chef ne parvient pas, malgré son immmmmmmense talent, à répondre.

Z : Il faut que vous sachiez que j'ai été contraint à la démission, si je puis dire. Mon contrat signé pour cinq saisons arrivait à échéance. Le rédac' chef et moi ne sommes pas parvenus à nous entendre sur ma juste rétribution pour continuer cette belle aventure.

 

Le PD : Nous sommes hélas tous un peu tous logés à une enseigne similaire  ... saviez-vous que notre chef était payé pour faire travailler bénévolement le « travailleur handicapé » que je suis ?

Mais je m'égare : la question suivante a trait à votre orientation sexuelle. Et là, je ne sais comment vous demander s’il y a un doute à dissiper, un changement à confirmer…

Z : Plaît-il ?

 

Le PD : Votre mariage express à Las Vegas a semé le trouble : désespéré beaucoup de jeunes gens, exacerbé la libido de hordes de femmes déchaînées, poussé à la démission l'hétéro de service... c'est un peu comme lors de votre arrivée, une situation de crise.

Z : Lucian Durden a démissionné ??? Mais pourquoi on ne me dit jamais rien ? (Zanzi soupire) Je me souviens de mon arrivée, il y a 3 ans. Il n'y avait pas une situation de crise. Simplement Les Toiles Roses était un blog pépère plan-plan qui tournait autour de deux thématiques : les critiques du cinéma gay et lesbien, et les citations philes et phobes. De temps à autre il y avait des vidéos roses. Tout cela manquait de peps et c'est la raison pour laquelle Daniel m'a engagé. Je suis le pionnier, j'ai ouvert la voie à tous les autres chroniqueurs : Isabelle (disparue elle aussi ?), Lucian, Marie, Frédéric, Jann... vous-même, Père Docu. C'était déjà un blog de qualité et bien référencé, mais je crois que la dynamique créée par Zanzi and the City a contribué a son développement.

 

Le PD : Oui, c'est le thème général des messages actuels : engouement pour les « blagues pourries » et anxiété profonde à votre sujet, vous, le rénovateur du blog ! Acceptez-vous que le dernier venu de l’équipe, devenu rédac’ chef adjoint suite à une « promotion strapontin » (il convient de respecter les phantasmes de la hiérarchie) vous fasse une proposition honnête ?

Z : Et quelle est-elle ?

 

Le PD : Il s’agit, vous vous en doutez, d’une multiplication par un chiffre que je ne peux – eu égard à la diversité sociale de notre public – ici révéler, de vos émoluments ?

Z : Vous voulez donc me réengager pour des clopinettes ?

 

Le PD : Euh, vous savez je ne suis pas à la comptabilité. Le chef m'avait dit : « on va faire comme dans les restaurants qui affichent La TVA a baissé, les salaires ont augmenté. J'embauche un infirme bénévole et je double le salaire de ceux qui écrivent bien.... »

Z : Certes, depuis toujours les benêts volent... on peut même dire qu'ils planent.

 

Le PD : Nous pourrons bientôt former une escadrille !

Revenons, s'il vous plaît à la suite de Zanzi and the City !

Z : Mais avons-nous vraiment besoin d'une suite ? Je réfléchis à de nouvelles aventures littéradieuses, un autre thème, que sais-je encore ? Zanzi quitte la City... Que pensez-vous de Zanzi in the Country ?

 

Le PD : Tant qu'il y a du Zanzi, vous savez, c'est le succès assuré... mais il conviendrait d'organiser un planning de publication car...

Z : Je ne maîtrise pas le calendrier. Sachez cependant que j'ai reçu des propositions fort intéressantes et autrement plus lucratives pour exercer mes talents ailleurs que sur Les Toiles. Mais je dois bien reconnaître que j'ai pour ce blog un attachement sentimental.

 

Le PD : Et croyez bien que le public ressent le même attachement viscéral à votre personne et à votre œuvre. Accepteriez-vous de donner quelques pistes à votre fan-club enthousiaste, dévot, confit d’admiration, que dis-je ? de vénération, pour la finesse et la force de votre éjaculation scriptoriale ?

Z : Des pistes ? Et pourquoi pas un jeu de l'oie ?

 

Le PD : Tout ce que vous voudrez, Monsieur Zanzi, j'ai là une boîte de préservatifs, un flacon de Jus de la Jungle, du whisky, quelques liasses de billets de la nouvelle banque "Monopoly" : le chef aimerait tellement vous voir reprendre la plume…

Z : Va pour le whisky et vous aurez (peut-être) une saison 6. Donnez-moi une bouteille de Cardhu !

 


(5.20)




        Lille, juillet 2009. Tandis que je trompe mon ennui sur Facebook, Scarlett O’Hara se met à me raconter son weekend en Suisse. Elle a de la chance de pouvoir faire du ski nautique sur le Léman, de siroter des whiskys le soir à Cologny, et de respirer le bon air frais de Genève. De mon côté, je savoure du mieux que je peux le caractère primesautier du climat qui, en ce début de mois, semble contredire les promesses estivales de la fin de juin.

        Scarlett est Irlandaise et fière de l’être. Les cheveux bruns presque noirs, les yeux verts, le caractère bien trempé et indomptable de son clan d’extraction immémoriale, la libido insatiable, c’est une femme aussi déterminée que l’héroïne homonyme du roman de Margaret Mitchell. Elle sait ce qu’elle veut. Aujourd’hui, je découvre qu’elle me veut…

        San Francisco, mars 2009. Ma collègue Laurence de Miami m’emmène au Westin St. Francis, hôtel fabuleux qui offre, au dernier étage de son ascenseur extérieur, une vue imprenable sur la ville et la baie. C’est la nuit, tout scintille comme dans la vitrine d’une bijouterie. En bas, les lumières ne sont plus que diamants, rubis, émeraudes, saphirs, ors jaune et blanc. Je m’enivre de beauté et de luxe. De retour dans le lobby, encore éblouis par les feux de la nuit, nous manquons nous cogner à une lady en robe de cocktail. Je viens de rencontrer Scarlett. Elle nous invite au bar lounge et nous faisons connaissance autour d’une bouteille de Cardhu.

        Moncton, juillet 2009. Je suis épuisé par le voyage de retour. Six heures d’attente à Montréal ont puisé ce qui me restait d’énergie pour retourner au travail dès le lundi 13. Mardi 14, il faudra assurer pour la réception de la fête nationale. J’assure, et vais me coucher de très bonne heure. Je m’effondre comme une masse sur le lit, après avoir pris la peine d’ôter ma veste. Au réveil, mon pantalon est froissé. En fin de journée il faut que je sois à Halifax pour la réception à bord des voiliers de l’Ecole Navale. Les obligations se succèdent les unes aux autres, je n’ai pas le temps de souffler, de m’arrêter et de penser. Penser… mais à quoi ? Mon téléphone carillonne. J’ai un message.

        De Scarlett, le 15 juillet à 8h18 : « Arrive ce soir à Las Vegas pour trip Nevada jusqu’à dimanche. Envie de te voir. Rejoins-moi dès que tu peux. SO’H. »

        Las Vegas, jeudi 16 juillet 2009. C’est la onzième fois que je prends l’avion depuis le début de l’année, et le cinquième vol en moins d’un mois. J’adore m’envoyer en l’air à 10.000 pieds. Scarlett est descendue au Tuscany. Le style est chic et sans prétention, il respire un parfum d’Italie et je soupçonne l’endroit d’appartenir à un parrain de la mafia, mais n’en dis rien. Je découvrirai le Bellagio et le Caesars Palace une autre fois. Il y a des casinos partout et nous décidons d’aller tenter notre chance au Venetian, histoire de rester dans le trip italien. Je perds 600 dollars au bandit manchot et commence à grogner.

        — Changeons de spot, me dit-elle.

        Comme elle me sait fou de cinéma hollywoodien, elle m’emmène au MGM Grand. Mais je suis dans une déveine complète : je perds 500 dollars de plus. Les machines mangent mes pièces et n’en recrachent aucune, et je ne me sens pas encore assez confiant pour passer du poker virtuel au poker réel. Ce n’est pas mon soir et si je me laisse tenter par les sirènes du tapis vert, je vais y laisser ma chemise. Scarlett me prend par la main et m’entraîne au Rouge Bar.

        — Malheureux au jeu, heureux en amour. A la nôtre !

        En bonne Irlandaise, elle a commandé un double whisky sec ; de mon côté, j’ai choisi un mojito. Tout est rouge dans ce bar, on se croirait dans un appartement psychédélique des années 60. Le décor est propice à l’étourdissement, je risque d’y perdre l’esprit. Ma raison commence déjà à chanceler et je laisse Scarlett m’entraîner dans les rues de Vegas, la reine du désert, comme si je ne m’appartenais plus. L’aurore est magnifique, quasi irréelle, autant que l’anneau d’or que je porte à l’annulaire gauche. Ai-je rêvé, ou est-ce qu’une heure avant l’aube, j’ai prononcé des vœux devant le sosie d’Elvis Presley ?

        Scarlett m’embrasse tendrement et me caresse les cheveux de sa main gauche où brille une alliance flambant neuve. Le vent du désert nous enveloppe de son souffle chaud et sauvage. La journée s’annonce torride, caniculaire. De retour à l’hôtel, nous changeons de décor. Nos valises ont été déplacées sur un simple coup de fil. Vendredi 17 juillet, en pénétrant dans la suite nuptiale au bras de mon épouse, je n’ai pas l’impression de vivre la vie normale des gens normaux, mais plutôt la vie extraordinaire des gens extravagants.

 

Ainsi s'achève la saison 5 de Zanzi and the City

To be continued… or not.


Lire le précédent épisode,
cliquez ici.

 


(5.19)




        Lille, juin 2009. Bien qu’il fasse encore jour, les bougies d’ambiance sont allumées, ainsi qu’à l’accoutumée, pour créer l’atmosphère propice à la divination. Jouxtées aux chats miniatures, les figurines d’anges disposées aux quatre coins de la pièce me sourient et me rassurent. Elle me sourie aussi, ma vieille amie qui, depuis déjà onze ans, observe mes péripéties et, pour la plupart, les anticipe. Un an après ma dernière consultation, je suis de retour chez elle pour tenter de déchirer le voile des ténèbres et d’entrevoir les moissons futures.

        Un matin à Paris, quelques jours plus tard. Je me réveille et allume mon ordinateur. Un message m’attend. J’ouvre ma boîte et en un instant, mon esprit vacille sous le choc des mots qui me déchirent l’aorte. L’abîme crépusculaire se fait plus béant qu’une plaie ouverte ruisselant un mascaret de sang. Pourtant si proche, il est si loin… éloigné par la peur de me faire du mal, éloigné par l’envie de me protéger… Derrière la reculade, se profile le désir d’aller de l’avant et de s’abandonner dans mes bras. Mais il est encore trop tôt. À moins qu’il ne soit déjà trop tard…

        Lille, juin 2009. Je coupe les cartes de la main gauche, vers moi, en pensant à moi. Le rituel est le même depuis la première fois, en juillet 1998. Je la regarde. S’est-elle déjà trompée ? Ce qu’elle me dit n’a rien à voir avec l’horoscope niaiseux qu’on lit dans le journal. Je porte en moi les images de ma destinée, mon propre fluide les communique aux cartes qui ouvrent des fenêtres sur demain. Pratiquement tout ce qu’elle m’a dit depuis plus de dix ans s’est réalisé, certes pas du jour au lendemain, et pas toujours de façon limpide. Il faut savoir analyser les événements a postériori, et c’est alors que les prédictions prennent tout leur sens.

        Elle dispose une première série de cartes selon le schéma habituel et me demande de retourner les autres sur le jeu. Le rideau s’ouvre sur le futur. L’oracle va parler.

        — Les choses vont bouger au niveau sentimental. Il y a une femme près de toi.

        Ce n’est pas la première fois qu’elle m’annonce que je vais finir avec une femme. C’est comme si elle s’obstinait à vouloir me faire reprendre le droit chemin, celui qui mène à la vie normale des gens normaux. Je lui souris et la laisse me raconter la suite. Une grossesse, un décès, un mariage, rien que de très habituel, ce sont là les événements qui rythment la vie des humains. Mon frère va se marier l’année prochaine, peut-être aura-t-il un autre enfant ? Il y a des gens plus ou moins âgés dans mon entourage familial, il se peut que quelqu’un meure. Un couple d’amis va se séparer… Ah ? Inutile de jouer aux devinettes, je le saurai une fois que cela se sera produit. Il y aura du changement dans mon travail et je vais déménager. Oui, j’y compte bien.

        Paris, juillet 2009. Une fois de plus il me faut partir, sans me retourner, et laisser des morceaux de mon cœur sur les toits et les pavés. Ces quelques jours sont passés comme un rêve ensoleillé, sous la chaleur d’un beau début d’été. Mais au matin dernier, mon téléphone reste muet. Il ne m’appellera pas, ne m’écrira pas. J’attends en vain, reprends le train. Après tout, le soleil brillera demain.

        Lille, juillet 2009. La dernière semaine de mes vacances est maussade. Le relatif mauvais temps s’est mis de la partie pour baigner le quotidien avec les larmes du ciel. Partie dans le sud avec ses parents, ma nièce n’est même plus là pour me distraire de ses facéties et de sa mine rieuse qui me ressemble tant au même âge. J’ai le cœur en déshérence. Pour tromper mon ennui, je me connecte sur Facebook et fais des quiz tous plus débiles les uns que les autres. Je joue au poker avec l’application Zynga. Si ce n’était virtuel, je serais riche : j’ai plus de 4 millions de dollars dans mon portefeuille.

        J’allume la fenêtre de conversation. Elle est internationale. Un ami écossais, joueur de cornemuse à Moncton, prend de mes nouvelles et s’enquiert de la date de mon retour. Un ami espagnol me raconte ses aventures avec une comtesse aux pieds nus et aux seins de glace. Une amie irlandaise veut me passer la bague au doigt. Elle se nomme Scarlett O’Hara…

 

To be continued…


Lire le précédent épisode,
cliquez ici.

 


(5.18)




        Paris, juin 2009. Jour pour jour, un an après notre rencontre fortuite au cours d’un dîner en ville, j’ai revu Andrea. Notre histoire courte et intense avait connu la magie des romances non préméditées. Nous avions fait des projets, imaginé notre vie ensemble, notre maison en Suisse sur les hauteurs du Léman, et nous avions notre chanson, notre parfum. Nous avons nos souvenirs. Il fallait que je sache si notre rupture à l’automne avait du sens, et au final, découvrir si elle n’était que temporaire ou définitive. Allions-nous renouer à l’occasion de nos retrouvailles ? Dans le décor somptueux d’un restaurant oriental, j’ai découvert sans tristesse que nos chemins ne se rejoindraient plus jamais.

        Le cœur et l’esprit tournés vers l’avenir, j’ai repris ma route toujours aussi sinueuse, ondoyante, escarpée, truffée de dangers mais semée d’étoiles et de paysages magnifiques. Une route sans retour, comme la rivière torrentielle de mes amours. J’ai fait des rencontres merveilleuses, caressé la poussière des étoiles filantes, allongé mon corps sur un sable d’aurore, et je me souviens de tout ce que l’oubli n’a pas effacé. Je ne me demande plus pourquoi cela n’a jamais marché avec qui que ce soit. Ils sont un petit nombre, qui auraient pu étancher ma soif d’absolu et me donner ce sentiment de plénitude que l’on éprouve lorsque l’on est avec l’être aimé. Esteban, Vincy, Kamil, Javi et l’an dernier, Andrea. Des êtres d’exception qui m’ont fait toucher du doigt le bonheur auquel j’aspirais, auquel j’aspire encore.

        Paris, juin 2009. J’envie quelqu’un que je ne connais pas de connaître ce bonheur simple, fait de hauts et de bas et parfumé à la Chantilly, avec quelqu’un que je ne connais pas davantage mais qui a tout de l’ami idéal. Normal, sérieux, fidèle, honnête. Il me téléphone, prend de mes nouvelles. Son ami est jaloux. Sans raison. Il ne le trahira jamais. De mon côté, je ne ferai rien qui puisse l’inciter à tromper sa confiance. Mon miroir ne s’en remettrait pas. Mais je rêve… un tel accomplissement est-il possible ? Y a-t-il, sur cette terre, quelqu’un pour moi ? Une solitude à deux, un tour du monde express, une peau de mouton étendue sur le parquet, une bouteille de champagne, un appartement avec vue sur la Tour Eiffel et l’univers entier comme maison. Songe… mensonge ?

        Paris de mes amours, cité des amoureux, comme la Seine a coulé sous le pont Alexandre III depuis l’émoi des premières fois ! Je te sillonne, te redécouvre, m’aventure dans des rues que je n’avais jamais arpentées… C’est une promesse de renouveau. L’avenir existe encore. Je suis ivre de liberté, laissant mes pieds me guider au hasard, à l’intuition. Des bribes de souvenirs me reviennent en mémoire, des flashes, des échos du passé. Ce sont des lieux, des visages, des couleurs, des sonorités, des senteurs… Je ne veux pas me retourner.

        Sur Facebook, un troubadour d’amour offre son cœur. Il donne l’aubade comme Bernard de Ventadour à la cour d’Aliénor d’Aquitaine. Et ça marche. On lui fait les yeux doux. Peut-être devrais-je l’imiter… Mais j’ai déjà le cœur qui palpite au bord du jour déclinant et de l’abîme crépusculaire qui s’ouvre devant moi. Le vertige me saisit et la tête me tourne. Je contemple la beauté et la souffrance réunies. Il n’y a aucune disharmonie dans cette union. Un sourire succède aux larmes, et l’inquiétude s’efface devant la joie. Le ciel peut attendre. Le ciel attendra. Laissez-moi goûter à cette promesse de paradis sur terre, laissez-moi savourer ces heures trop courtes, laissez-moi croire que je les revivrai pour mille et une nuits.

        Paris, juin 2009. Le solstice d’été a déjà une semaine mais les nuits sont encore courtes. Le soleil qui se lève de bonne heure dissipe lentement les brumes de mon sommeil. Si ce n’était qu’un rêve, je voudrais me rendormir et ne plus jamais me réveiller. Et si c’était vrai ?

        J’allume mon ordinateur. Un message m’attend…

 

To be continued…


Lire le précédent épisode,
cliquez ici.

Commentaires

Catégories

Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés