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LA BIBLIOTHEQUE ROSE



Le Père Docu s'appelle Gérard Coudougnan, il est né en 1962 et a pour qualification « enseignant-documentaliste », vous savez la dame qui râle au C.D.I. (centre de documentation et d'information) : c'est lui. Pour des raisons indépendantes de sa volonté, il est en ce moment éloigné de son lieu de travail habituel mais a toujours un C.D.I. (contrat à durée indéterminée) avec les bouquins pour qui il a une vraie A.L.D. (affection de longue durée).

Au hasard de ses lectures, il a croisé Marc-Jean Filaire puis Môssieur Daniel C. Hall (« The Boss ») qui lui a proposé de regrouper ici quelques « recensions » d'ouvrages à thématique LGBT.

Toute remarque, toute suggestion sera la bienvenue. Les avis, sous forme de commentaires, pour échanger des points de vue encore plus !

La bibliothèque rose est ouverte… vous avez lu Le Club des Cinq d'Enid Blyton ? Claude, le « garçon manqué » est peut-être alors votre première rencontre avec une petite lesbienne ou une future transgenre ? Ah bon, vous n'avez pas connu les Bibliothèques Rose et Verte ? Qu'importe, entrez (couverts !) ici et faites ce que vous voulez entre les rayons, ne soyez pas sages ...

 

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Antonio Manuel, Par amour, Atlantica, 2009, 269 p., 20 €.

 

J'ai lu Par amour comme on observe une immense tapisserie du XVIIIe siècle...

Antonio Manuel est l'héritier des plus grands maîtres lissiers de la manufacture espagnole de Santa Bàrbara. Ce jeune écrivain sait tisser les mots sur son métier d'homme de lettres. Son carton, son programme n'apparaissent pas dès les premières pages de ce travail dense et aux mailles finement ouvragées. Avec un peu de recul se distinguent des grandes lignes : l'amour en est, comme le titre l'indique, l'ordonnateur majeur. Amours d'un homme pour d'autres hommes, vécues sans aucune culpabilité mais avec de grandes interrogations sur l'étendue, les limites, les perspectives et les couleurs de ces personnages secondaires, les partenaires. Au premier plan se situent les parents : la mère, source tarie et ceux à qui l'œuvre est dédiée : le père espagnol illettré et viscéralement homophobe (1) et la grand-mère aimante.

Le style peut être rattaché à diverses écoles : Freud (avec des touches lacaniennes et doltoiennes), les principes du yoga et Jésus Christ, fils d'un dieu d'amour, qui a ressuscité Lazare.

Des écrivains jouent un rôle : Annie Ernaux, Madeleine Chapsal et Dominique Fernandez (1).

Les coloris sont violents et contrastés : les fils de la trame narrative ont été trempés dans le sang et les excréments ainsi que dans divers aliments (ingurgités ou régurgités) et des doses variables d'anxiolytiques et d'antidépresseurs. Le blanc lacté fait cruellement défaut à l'auteur qui recourt régulièrement au gris de son psychanalyste.

Antonio Manuel a remis plus de cent fois son ouvrage sur le métier à tisser les descriptions, les émotions, les aspirations, les déceptions, les affections.

Chaque mot, chaque phrase est un travail minutieux : les mots importants sont traités à la loupe étymologique, les personnages reviennent régulièrement préciser un profil que le maître lissier n'hésite pas à recadrer dans une nouvelle perspective à partir d'éléments de la toile de fond qui viennent modifier l'angle de vue. Un aplat devient un relief, un détail une pièce centrale.

Le corps de l'œuvre est celui de l'auteur : un champ de batailles où les étreintes sensuelles à deux ou trois sont aussi puissantes que le combat mené contre une maladie qui entraîne le narrateur dans des introspections douloureuses où se succèdent boulimie et anorexie :

« Mon corps exprime ce que je ne puis entendre. Il met en maux tout le maudit des mots, tout le rance du sentiment, le ferment de toute rancune. Ni haine, ni amertume, certifie ma parole. Mais mon corps désavoue cette vérité fourbe, juste bonne à tromper ma logique, ma raison. » (p.101)

Par amour est le poignant récit d'un combat entre cœur et corps, raison et passions. Le tableau d'un maître qui sublime ses douleurs dans une prose ciselée au scalpel. Rêves et cauchemars, sans doute plus près de la réalité d'un homme que de la fiction d'un narrateur qui réussit à nous entraîner vers une ligne d'horizon. Il est évident que cette écriture en a défini le cadre et les perspectives.

 

(1) http://www.lestoilesroses.net/article-32794391.html

 

POUR EN SAVOIR PLUS :

Le blog de l'auteur :

http://antoniomanuel.over-blog.com/

Pourquoi écrit-il ?

http://sites.google.com/site/leslivresdantoniomanuel/a-la-question-de-savoir-pourquoi-j-ecris

Le site de l'éditeur :

http://www.atlantica.fr/

 

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INTERVIEW D’ANTONIO MANUEL

par  Gérard Coudougnan

 

 

Les Toiles Roses : Bonjour Antonio, pourrais-tu te présenter à nos lecteurs ?

Antonio Manuel : Cette question m'évoque immédiatement la citation de Jacques Lacan ‒ dont je viens de lire le commentaire proposé par le philosophe Kévin Krantz dans son excellent ouvrage Le Soleil se lèvera-t-il demain ? : « Si un homme qui se croit un roi est fou, un roi qui se croit un roi ne l'est pas moins ».

En effet, c'est une question qui risque de me réduire à la réponse que je vais faire. Je ne me définirai pas, pour éviter le piège, par celui que je ne suis pas ou pense ne pas être, mais j'essaierai de ne pas me réduire à ma fonction sociale d'enseignant de lettres modernes, le premier élément de réponse qui me vient à l'esprit, après mon nom, quand on me demande qui je suis.

J'aimerais pouvoir me présenter, en cette circonstance, en me désignant, avec la même tranquille certitude qu'en répondant « professeur de lettres modernes », comme un écrivain. Je prends la peine de préciser cela parce qu'effectivement, pour moi en tout cas, et pour les personnes qui ne me connaissent pas intimement ou qui n'ont lu ni mon blog, ni mon site, ni mon roman, cela ne va pas de soi. Peut-être parce que je ne vis pas de ce travail d'écriture, et, c'est lié, parce que ce premier roman publié, bien qu'édité assez facilement, n'a pas bénéficié de la publicité nécessaire à sa diffusion et à ma reconnaissance en tant qu'écrivain.

Je suis donc professeur de lettres modernes, écrivain, professeur de yoga, à l'occasion, et je fais fonction de documentaliste depuis la rentrée scolaire. J'ai 42 ans. Je suis officiellement célibataire et je souffre d'une maladie de Chron. J'évoque la pathologie dont je suis atteint parce qu'elle est invalidante, d'une part, et conditionne donc ma vie, mais aussi et surtout parce qu'elle n'est pas assez connue, bien que de plus en plus fréquente comme toutes les maladies auto-immunes, et mérite qu'on en finance la recherche plus généreusement (1).

 

Mais Antonio, tu sais bien que la plupart des auteurs ont un autre travail (souvent, comme toi, dans l'enseignement). Peu nombreux sont ceux qui ne vivent que de leur plume. Faire éditer son premier roman à compte d'éditeur est déjà une reconnaissance. Ne crois-tu pas que ton livre, par sa thématique et son style, ne pourra toucher qu'un public forcément limité ?

Je suppose que par sa thématique tu fais allusion à l’homosexualité du narrateur. C’est vrai que le narrateur est homosexuel mais l’intimité forte que la narration à la première personne crée entre ce personnage et le lecteur me semble propice à l’abolition de toute altérité.

D’ailleurs le point de vue interne adopté introduit le lecteur dans le for intérieur du protagoniste depuis lequel le monde lui est donné à voir, à déchiffrer, à comprendre. Aussi l’identification du lecteur avec le narrateur favorise-t-elle le dépassement des frontières qui délimitent l’espace que sa différence en matière de sexualité pourrait étirer entre eux et participe-t-elle à la résolution de l’énigme que l’autre constitue trop souvent à nos yeux. 

Lire un roman c’est souvent essayer de découvrir ce qui se dissimule derrière l’opacité d’autrui. Et puis je pense, comme Baudelaire dans le poème liminaire du recueil des Fleurs du mal, intitulé « Au lecteur », ou Hugo dans sa préface des Contemplations, que le « je » est une personne interchangeable : au « je » du narrateur se substitue avec aisance celui du lecteur. Il devient ainsi instantanément, infailliblement, involontairement l’instance énonciative du récit dès qu’il en entreprend la lecture : « Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère ! » ; « Quand je vous parle de moi je vous parle de vous. Insensé qui crois que je ne suis pas toi ! ». L'expression de ce qu'il y a de plus intime en soi mène à l'universalité.

Pour ce qui est du style, si d’une certaine manière on peut le définir comme un écart par rapport à la norme, la transcription de la singularité d'un regard, celui du narrateur, à la fois précis et imagé, poétique et réaliste, je ne le crois cependant pas un obstacle à la lecture du roman qui en sélectionnerait le lectorat parmi l’élite intellectuelle, instruite et cultivée. J’en veux pour preuve son acquisition par plusieurs bibliothèques municipales de la région où il fait partie des 20 % de livres les plus empruntés. 

 

Ton roman est une autofiction : à quels jeux se livrent le je autobiographique et le je de fiction ?

Je comprends très bien ton emploi du mot « jeux »mais je le réfute. Il ne s'agit en aucune façon d'un jeu. Dès l'instant où j'écris « je », j'ai la sensation libératrice d'être moi dans mon intimité la plus honteuse, la plus sale, la plus impudique et dans le même temps de trahir celui que je suis du fait même de l'écriture. Je suis bien le narrateur du roman Par amour, néanmoins le choix des mots, la recherche d'une mélodie, d'un rythme, la quête d'un ailleurs stylistique me défigurent. Sans parler du souci de l'efficacité narrative ‒ que je considère comme une beauté plastique, comparable à la fascination éprouvée devant un tableau ou une sculpture ‒ qui déforme le réel vécu.

Il n'est donc pas question d'un jeu entre la fiction et la réalité de ma vie. J'utiliserais, au contraire, le mot « drame » dans sa polysémie : l'usage du « je »rend possible la création d'une action, celle d'écrire et de décrire une réalité jusqu'alors virtuelle qu'on appelle ordinairement « fiction ». Drame encore que cette condamnation de l'auteur d'autofictions à se dire pour exister.

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Dans cette partie de cache-cache, la recherche de la qualité stylistique, la quête d'une perfection littéraire est-elle un élément qui réunit réalité et fiction ou un défi qu'il incombe au nouvel être issu de cette fusion d'affronter ?

À la première partie de la question je répondrais, sans hésitation, par l'affirmative. Il n'y a pas de fiction possible si ne s'impose pas « une manière absolue de voir les choses », ainsi que Flaubert définit le style. Le style réunit la réalité et la fiction dans la mesure où il la crée.

Deux de mes frères ont rompu tout lien avec moi, en partie, parce qu'ils n'ont pas compris cela. Ils ont pris le style pour argent comptant. Autrement dit, ils ont considéré mon roman comme un vulgaire témoignage sur ma vie et n'ont pas du tout apprécié qu'il soit public, alors que la quête d'une perfection littéraire m'a nécessairement contraint à transfigurer la réalité, à l'altérer, puisqu'il s'agissait d'écrire une autofiction et non une autobiographie. Dans cette partie de cache-cache, ils n'ont pas su discerner le vrai du faux, la part du rêve de celle du réel.

En ce qui concerne la seconde partie de la question, je serais moins catégorique. Il est vrai qu'écrire ne transforme pas seulement le monde décrit mais aussi l'écrivain. Le défi est avant tout d'écrire, d'« oser écrire » pour reprendre le titre d'un livre de Madeleine Chapsal. Une fois, celui-ci relevé, le roman achevé, je ressens d'abord une libération sans commune mesure. Celle d'un devoir, vital, achevé. Puis, un tourment s'empare de moi. Lui ai-je été fidèle ? Ai-je vraiment respecté cette vérité ineffable qu'il m'incombe de révéler ? Suis-je réellement digne de les tutoyer ceux-là que j'aime, que j'ai aimés, cette famille qui comprend les noms des écrivains qui me sont chers ? Suis-je parvenu à faire encore quelques pas sur le chemin de ma vie et à accompagner le lecteur dans son propre cheminement existentiel ? Là est le véritable défi. Il nous incombe à tous: réussir à vaincre ou du moins à donner un peu plus de sens à l'absurdité de notre humanité, vivre pour mourir.

Alors parce que, comme tu le dis, du livre est né un nouvel être, je suis à même de marcher encore, « Je peux faire quelques pas / sans tomber / je viens de loin ». Eluard exprimait ce « dur besoin de durer » merveilleusement bien. Je peux poser sur ma vie un regard plus apaisé.

 

Il y a plusieurs séparations, plusieurs exils dans ton texte : une vie unifiée et un chemin régulier sont-ils des thèmes ennuyeux ou tout simplement inaccessibles ?

J'ignore ce qu'est une vie unifiée. Sans doute parce que la mienne ne l'est pas. Les séparations et les exils auxquels tu fais référence sont involontaires. La rupture du narrateur avec G. survient brutalement, de façon inattendue. Elle est une violence, peut-être salutaire, qui lui est infligée. Il la subit et il en souffre, passionnément. La séparation d'avec sa grand-mère maternelle, qu'il a toujours considérée comme sa mère d'adoption, le don quémandeur d'amour fait par sa mère biologique à sa propre mère, résulte de son décès alors qu'il est âgé de six ans. Cette disparition reste insensée pour lui car aucun adulte ne prend soin de la rendre signifiante. Ainsi, il n'assiste pas à ses funérailles mais est envoyé à l'école comme un jour ordinaire. Son obsession de la mort des siens, de sa mère en particulier, de tous ceux qu'il aime, et le fait qu'il vive toute séparation inhabituelle de façon maladive, dans la peur de perdre l'autre, dans l'angoisse de ne plus jamais le revoir, s'enracine dans ce traumatisme de son enfance. Le cancer fulgurant qui emporte son père en une semaine réactive cette ancienne blessure et lui permet d'intégrer l'idée de la mort sur le plan symbolique. Si l'on ne peut concevoir sa propre mort, comme l'explique Freud, la disparition définitive de son père lui enseigne que le deuil est moins pénible lorsque l'on comprend que le défunt reste en soi présent et que l'écriture l'éternise.

Pour ce qui est de l'exil, le texte en rappelle trois circonstances. Le premier exil, celui qui dramatisera les deux autres, est métaphorique. Il ne concerne pas directement le narrateur mais s'inscrit dans l'histoire des siens sous la forme d'une tragédie. Contraint, douloureux, c'est un déracinement qui élabore dans l'imaginaire familiale une mythologie conférant à la décolonisation de l'Algérie la dimension d'un tabou. Mythologie parce que l'Algérie devient progressivement une utopie, le non lieu d'un bonheur indicible. Tabou du fait de la souffrance que provoque son évocation.

Le narrateur nourrira toute sa vie une fascination ambigüe, une nostalgie sans cause pour cet orient méconnu mais néanmoins familier, proche comme peut l'être au réveil le souvenir rêvé d'un amour intense.

Le déménagement durant son adolescence, ce départ du nord de la France pour le sud, retentit, pour lui, comme la répétition d'un cauchemar.

Sa mutation professionnelle du sud de la France pour le nord cette fois, étrange et décevant retour aux sources, constitue le troisième et dernier avatar de cette série d'exils.

Il n'y a donc là aucun divertissement recherché comme remède à l'ennui d'une existence monotone parce que trop bien réglée. Ce sont plutôt les aléas d'un parcours imposé.

 

Quels rites, religieux ou spirituels, te paraissent les plus importants comme axes de l'existence de ton narrateur et/ou de toi même ?

Je n'aime pas le formalisme et l'aspect doctrinaire des religions. Mon narrateur s'est constitué un ensemble de croyances et de pratiques culturels ou cultuels qui sont le fruit de ses errements spirituels et de ses trouvailles bénéfiques.

Le yoga est une de ces pratiques que nous avons en commun mon narrateur et moi-même. Le terme d'axe convient parfaitement à cette philosophie qui a pour but, à mes yeux, d'orienter l'être vers le centre de transparence qui est en lui. De lui permettre de se relier à ce qu'il a de plus sacré, cette part d'éternité que l'on peut nommer Dieu ou bien énergie vitale, selon ses convictions.

Il m'est apparu comme une pratique complémentaire à celle de la psychanalyse dans la mesure où, par le biais des asanas ou postures, il laisse parler le corps afin de lui restituer son vrai langage au détriment de celui appris par les injonctions éducatives. Verticalité me semble être le mot qui résume l'ambition du yoga tel que je le conçois : étirement d'une colonne vertébrale qui tend à faire du corps la flamme qui brûle vers Dieu, de l'homme un trait d'union entre la terre et le ciel.

La lecture du Nouveau Testament avec la figure solaire, révolutionnaire, et infiniment bienveillante du Christ inspire également beaucoup le narrateur de Par amour. Elle pose à côté du modèle du Bouddha, celui d'un autre « éveillé vivant ». Le fascine surtout le cryptage poétique du langage du Christ qui réveille en lui une nouvelle puissance d'exister.

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L'homosexualité est-elle un élément qui a un rôle, une place (laquelle ?) dans ces axes de vie ?

Mon homosexualité guide tous mes choix. Je la crois à l'origine de ma pathologie parce que je l'ai lue dans le regard de mon père et entendue dans ses propos répétés comme une hérésie, un crime impardonnable, une tare, une abjection.

Je ne sais pas si je me suis haï d'emblée d'être la cause possible d'une telle ignominie en cas de révélation publique ou de découverte involontaire par autrui de cette appartenance à une minorité sexuelle ou bien si je l'ai détesté, lui, en premier. Le fait est que son désaveu s'il avait su, il me l'a introjecté dans l'organisme en une perfusion de chaque instant.

Faire une psychanalyse, pratiquer le yoga, écrire bien sûr, m'aident à réaliser une sorte de transfusion. Je tente de relever la tête, de me tenir bien droit pour pouvoir faire face au Père.

 

Tu travailles actuellement dans le Centre de Documentation et d'Information d'un établissement scolaire : quelles joies, quelle frustrations, quels sentiments en général t'apporte ce rôle d'intermédiaire entre des jeunes en construction et la place que peut jouer la lecture dans cette ouverture au monde ?

Cette question recoupe mes préoccupations actuelles. J'ai lu depuis le mois de septembre une infinité de romans destinés aux adolescents dans l'espoir d'en découvrir quelques uns qui vaillent la peine de les inciter à les lire. Aucun ne m'a vraiment enthousiasmé. J'ai fini par me dire que cette catégorisation était avant tout commerciale et qu'un roman pour adolescent est un roman que les adolescents prennent plaisir à lire. Le problème reste entier puisque, excepté les livres relevant du genre à la mode de l'héroïc fantasy dont certains élèves sont particulièrement friands, la plupart d'entre eux ne lisent que par obligation scolaire.

Je me sens donc frustré et je connais des heures de résignation avant d'être repris par l'exaltation à l'idée qu'en pénétrant dans le CDI, ils jouissent du bonheur potentiel inouï d'affronter le monde entier grâce à la lecture de quelques livres essentiels. Et s'il s'agit d'une de ces quelques journées de joie où un élève vient emprunter l'un des romans que j'ai exposés, accompagnés de quelques lignes de présentation incitatives, je me dis que tout n'est pas perdu.

 

Merci Antonio et meilleurs vœux de réussite.

 

(1) Site de l'A.F.A. : http://www.afa.asso.fr/


Note de Daniel C. Hall : Si les éditeurs ou les auteurs (auto-édités ou non) souhaitent envoyer un service de presse à Gérard en vue d’une critique sur ce blog, merci de prendre contact avec le chef Daniel C. Hall qui vous communiquera ses coordonnées :
lestoilesroses@hotmail.fr.


TO BE CONTINUED…




Le Père Docu s'appelle Gérard Coudougnan, il est né en 1962 et a pour qualification « enseignant-documentaliste », vous savez la dame qui râle au C.D.I. (centre de documentation et d'information) : c'est lui. Pour des raisons indépendantes de sa volonté, il est en ce moment éloigné de son lieu de travail habituel mais a toujours un C.D.I. (contrat à durée indéterminée) avec les bouquins pour qui il a une vraie A.L.D. (affection de longue durée).

Au hasard de ses lectures, il a croisé Marc-Jean Filaire puis Môssieur Daniel C. Hall (« The Boss ») qui lui a proposé de regrouper ici quelques « recensions » d'ouvrages à thématique LGBT.

Toute remarque, toute suggestion sera la bienvenue. Les avis, sous forme de commentaires, pour échanger des points de vue encore plus !

La bibliothèque rose est ouverte… vous avez lu Le Club des Cinq d'Enid Blyton ? Claude, le « garçon manqué » est peut-être alors votre première rencontre avec une petite lesbienne ou une future transgenre ? Ah bon, vous n'avez pas connu les Bibliothèques Rose et Verte ? Qu'importe, entrez (couverts !) ici et faites ce que vous voulez entre les rayons, ne soyez pas sages ...

 

 
Frédéric Ange et Ganaël : "De il à il"
Au profit de la formidable association "Le Refuge"
soutenue par Les Toiles Roses
!
Soutenez, adhérez, faites un don...

 

Une chanson simple sur un thème très simple : l'amour.

Oui mais il s'agit ici de l'amour en général… entre deux garçons. Pas de plaidoyer, elle n'a pas été écrite rue Sarasate (1) et ses protagonistes ne marchent pas dans les villes, les banlieues les bidonvilles (2). Nous avons cherché des chanteurs qui « osaient », à part Dick Annegarn (3), nous n'avons pas trouvé grand monde. Dave nous a expliqué le pourquoi du comment de son silence, tandis que l'immense Trenet n'a jamais eu le courage ni l'audace d'aller au-delà d'une chanson crypto-gay quasiment inconnue (4).

Un bijou discographique encore disponible (5) rassemble plus d'un demi siècle de chansons « interlopes » rangées en deux CD : la dérision et l'ambiguïté.

Les coming-out récents de chanteurs de la nouvelle génération peuvent-ils faire avancer les mentalités et sortir de leur isolement moral les adolescents en détresse du fait de leur orientation sexuelle ? La situation est connue (6) mais il n'existe aujourd'hui que deux structures d'accueil, l'une à Montpellier et l'autre à Montreuil, offrant à plus de 300 demandeurs par an un REFUGE de… QUINZE places.

C'est pour eux, pour ceux dont s'occupe avec une ardeur et une conviction remarquables Nicolas Noguier et l'équipe du Refuge (7), qui a su attirer l'attention de Fadela Amara (8) que deux chanteurs se sont engagés et aujourd'hui une étape est franchie, grâce à Ganaël et à Frédéric Ange.

 

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La chanteuse Ganaël a déjà un long et beau parcours dans le monde de la chanson. Elle a écrit pour Nicole Croisille, Fabienne Thibaut, les Mini Stars, Richard Joffo, Line Renaud, Jean-Pierre Savelli ; Jacques Dutronc a composé des musiques pour ses textes.

Frédéric Ange (qui fut un temps Fred Ange) a travaillé dans divers médias gays et ses disques ne laissent aucun doute, ni sur sa révolte, ni sur son amour des garçons, lui qui cherche, selon son délicieux néologisme, son « hémisexe ».

Ces deux voix se sont unies autour de la cause du Refuge. Dans un texte où le pathos est absent, où le seul souhait consiste à chanter l'union De il à il, on fredonne la simple et belle mélodie de deux personnes qui rêvent d'une histoire d'amour aussi banale et extraordinaire que celle qui va De il à elle, ou dans le duo, De elle à elle.

 

(1) http://www.youtube.com/watch?v=6WLAGwndSg0

(2) http://www.bide-et-musique.com/song/12136.html

(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Dick_Annegarn

(4) http://www.deezer.com/listen-895133

(5) http://labelchanson.free.fr/interlopes.htm

(6) http://www.ho-editions.com/caddie/description.php?II=68&UID=2010010811003686.69.122.119

(7) http://www.le-refuge.org/

(8) http://www.dailymotion.com/video/xatfyn

 

POUR EN SAVOIR PLUS :

Sur Ganaël : http://www.myspace.com/ganaelchante

Sur Frédéric Ange : http:/www.fredericange.com

POUR FAIRE PLUS :

Adhérer au groupe FaceBook :

http://www.facebook.com/group.php?v=info&ref=mf&gid=154701991734

« Investir « dans ce disque de Ganaël :

http://fr.akamusic.com/ganael

Donnez  votre avis sur la chanson : http://www.youtube.com/watch?v=2wuBlZdSbs0

Adhérer à l'Association Le Refuge  (fiscalement non déductible) :

http://www.le-refuge.org/nous_soutenir/formulaire_adhesion_2010.pdf

Faire un don (fiscalement déductible) :

http://www.le-refuge.org/nous_soutenir/formulaire_de_don_2010.pdf

 

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Une discussion sur la Toile

entre Ganaël, Frédéric et le Père Docu

 

Les Toiles Roses : Bonjour Frédéric, tu n'es pas un inconnu pour un grand nombre d'entre nous. Entre tes émissions de télévision, tes chroniques et tes chansons, tu as déjà ta place dans le monde de la variété. Tu fus Fred Ange, tu es aujourd'hui Frédéric Ange : changement d'étiquette ou mutation plus profonde ?

Frédéric Ange : Effectivement, c'est un changement que beaucoup de personnes ont remarqué : j'ai voulu reprendre mon vrai prénom en entier, car je me suis dit qu'il manquait comme une autre partie de moi-même et c'est pour cela que je suis redevenu Frédéric. Un changement aussi dans l'écriture, une renaissance et ça fait un bien fou de se retrouver un peu plus naturellement, j'ai grandi (rire).

 

Ton précédent CD, Intersex était clair sur tes aspirations humaines... et ta gaieté. Comment le public a-t-il réagi à ton audace ?

Dans un premier temps, certaines personnes ne comprenaient pas la nature profonde d'Intersex, mon coup de gueule ou mon audace, je ne l'explique pas : c'est venu naturellement, d'autres se sont identifiés au texte comme un goût de déjà-vu chez eux.


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Il y a dans le monde littéraire d'interminables discussions sur l'opportunité ou non de discerner une littérature gay, que ce soit abstraitement ou dans les étagères des librairies. On trouve aussi des « rayons gay » chez les marchands de DVD. Vois-tu un intérêt quelconque (en dehors d'alimenter les pages de la presse people) à ce qu'il y ait un style gay dans la chanson ?

Non, je ne pense pas qu'il existe de style gay, je dis ouvertement que je suis gay lorsque j'écris mes propres textes, j'écris ce que je ressens sur ce dont j'ai envie de parler, beaucoup de chansons d'amour sont « accès  hétéro », d'un homme qui dit je t'aime à une femme et le contraire, il en manque dans le paysage de la musique, de vraies chansons qui n'ont pas nature à avoir de sexualité ou encore homosexuelle. On peut se souvenir du groupe Mecano ou encore de Lara Fabian mais qui parlait, elle, juste de différence, alors que je pense que l'amour est universel et n'a pas de sexe.

 

Dans ton adolescence, as-tu eu des exemples marquants, positifs ou négatifs, de personnages gays réels ou imaginaires (cinéma, littérature, etc.) ?

Je suis un grand fan du Petit prince de Saint Exupéry, que j'ai lu et relu des centaines de fois mais rien à voir avec l'homosexualité (rire). Rupert Everett m'a marqué non seulement parce qu'il était gay mais qu'il l'affirmait. Son côté très naturel m'a longtemps attiré et même encore aujourd'hui. Dans les années 90, deux films m'ont marqué, tout d'abord Pédale douce mais que je trouvais trop caricatural et ensuite Gazon maudit beaucoup plus profond, la profondeur aussi du film Le Secret de Brokeback Mountain, ce que j'aime dans les films c'est le naturel de l'homosexualité, pas les clichés.


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Ton duo avec Ganaël est un beau travail de simplicité, de sensibilité et d'émotion. Sais-tu si des radios « généralistes » l'ont inscrit dans leurs playlists ?

Nous sommes sortis du studio pour la dernière fois le 31 décembre, nous avons communiqué d'abord avec les internautes pour savoir ce qu'ils pensaient de la chanson, de ce duo et de notre lutte, nous sommes actuellement en train d'essayer de la faire rentrer en playlist, mais ce n'est pas évident de forcer certaines portes comme NRJ ou une autre radio. Je crois que si j'entends, ne serait ce qu'une fois, De il à il sur NRJ j'en pleurerais de joie, car cela voudrait dire que les radios aussi acceptent la différence et ce n'est pas encore le cas aujourd'hui.

 

Connais-tu Nicolas Noguier et as-tu rencontré des jeunes dont il s'occupe, avec un soutien plus symbolique que matériel des institutions ?

Non, je n'ai pas encore rencontré Nicolas Noguier, mais sur internet nous avons pu discuter quelquefois ensemble sur Facebook. Je lui ai ouvertement tiré mon chapeau pour son association, assuré que je serai toujours là et que je me battrai à ses côtés, en ce qui concerne les jeunes, âgés entre 18 et 27 ans. Le premier jour où j'ai rencontré Ganaël, un des jeunes était présent, c'est le petit protégé de Ganaël (rire), il ne m'a pas laissé indifférent, il est devenu mon petit ami, il est devenu mon combat et je me bats maintenant avec lui ; quelque part cette chanson est devenu notre histoire à tous les deux.


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Ganaël, j'aime ce disque et je veux l'acheter. Que dois-je faire ? Dans le prix que je vais payer, quelle somme ira à l'association « Le Refuge » ?

Ganaël : Dès que le CD sort, on va signer un accord avec le Refuge où je lui confirmerai que je vais reverser des droits d'auteur au Refuge, les droits d'auteur sur la chanson De il à il, comportant ceux de la vente des CD, mais aussi ceux des passages radio et télé. Vu que je suis auteure et compositeur de la chanson.

Sur le CD, on écrira « chanson De il à il au profit du Refuge ».... ce sera donc officiel et sans équivoque.

En plus, vu que la vente des CD ne rapporte plus beaucoup d'argent aujourd'hui, je vais donc m'engager à reverser des droits sur les passages télé et radio qui, eux, rapportent beaucoup plus et ceci dans l'intérêt du Refuge.

 

Comme cette discussion à trois me touche énormément, qu’elle rassemble tellement de valeurs universelles que nous défendons ici, aux Toiles Roses, et de vos vécus personnels, je vais vous laisser le soin de conclure en vous remerciant de ce que vous faites, de ce que vous êtes...

Frédéric : Je remercie Ganaël d'avoir écrit cette chanson, de m'avoir fait confiance pour l'interpréter. Avec quelques difficultés pour moi car toujours trop d'émotions m'envahissent quand je suis en studio et davantage quand elle s'adresse un peu à ce qui est ma vie. Je pense bien sûr à Richard Joffo qui m'a guidé en studio et qui est un peu le grand papa de cette aventure, à Arnaud Rozenblat, qui a été le premier à suggérer à Ganaël de me contacter pour ce projet, et à mon p’tit loup qui travaille à nos côtés pour que De il à il  soit visible partout. Je n’oublie pas tous ceux qui nous envoient des messages de félicitations et d'encouragements auquels on a un peu de mal à répondre : tant d'émotion, un vrai partage, pour une cause qui nous porte, pour Le Refuge.

Un grand merci aussi à toi Gérard de me soutenir depuis le début.

Ganaël : J'ai écrit cette chanson avec mon cœur, j'espère qu'elle plaira et que ce sera bénéfique pour le Refuge, cette indispensable association.

Je remercie Frédéric Ange de s'être lancé avec moi, de toute son âme dans cette aventure.

Frédéric Ange et moi remercions tous ceux qui nous soutiennent avec des commentaires qui font chaud au cœur, et qui nous prouvent qu'ils croient en nous.

En espérant que cette petite chanson pourra faire de grandes choses…


Le mot de Nicolas Noguier,
président de l'association Le Refuge :

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Ma rencontre avec Ganaël a été magique. Au-delà de son talent indiscutable, Ganaël a un cœur immense et une générosité qui la porte à réaliser des projets merveilleux. 

Je la remercie pour toute l'énergie qu'elle dépense au quotidien pour soutenir Le Refuge.

Je suis émerveillé et ému aussi par la voix de Frédéric Ange, un artiste qui a déjà fait ses preuves.

Leur merveilleux duo délivre un formidable message de tolérance et nous transporte. Je suis ému à chaque écoute.

Merci à tous les deux pour votre soutien au Refuge.

Grâce à leur formidable énergie et à votre soutien, nous pourrons développer et pérenniser nos actions à destination des jeunes en rupture familiale, victimes d'homophobie.

 

Nicolas Noguier, Président du Refuge


Note de Daniel C. Hall : Si les éditeurs ou les auteurs (auto-édités ou non) souhaitent envoyer un service de presse à Gérard en vue d’une critique sur ce blog, merci de prendre contact avec le chef Daniel C. Hall qui vous communiquera ses coordonnées : lestoilesroses@hotmail.fr.



TO BE CONTINUED…




Le Père Docu s'appelle Gérard Coudougnan, il est né en 1962 et a pour qualification « enseignant-documentaliste », vous savez la dame qui râle au C.D.I. (centre de documentation et d'information) : c'est lui. Pour des raisons indépendantes de sa volonté, il est en ce moment éloigné de son lieu de travail habituel mais a toujours un C.D.I. (contrat à durée indéterminée) avec les bouquins pour qui il a une vraie A.L.D. (affection de longue durée).

Au hasard de ses lectures, il a croisé Marc-Jean Filaire puis Môssieur Daniel C. Hall (« The Boss ») qui lui a proposé de regrouper ici quelques « recensions » d'ouvrages à thématique LGBT.

Toute remarque, toute suggestion sera la bienvenue. Les avis, sous forme de commentaires, pour échanger des points de vue encore plus !

La bibliothèque rose est ouverte… vous avez lu Le Club des Cinq d'Enid Blyton ? Claude, le « garçon manqué » est peut-être alors votre première rencontre avec une petite lesbienne ou une future transgenre ? Ah bon, vous n'avez pas connu les Bibliothèques Rose et Verte ? Qu'importe, entrez (couverts !) ici et faites ce que vous voulez entre les rayons, ne soyez pas sages ...

 

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Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles, Gyles Brandreth, éditions 10/18, 2009, 284 p., 7 €.

Oscar Wilde et le jeu de la mort, Gyles Brandreth, éditions 10/18, 2009, 460 p., 13,50 €.

Oscar Wilde appartient à « notre » histoire, ou plutôt à notre mythologie. Que savons-nous réellement de lui ? Nous avons l'image d'un auteur condamné pour ses relations avec le fils d'un noble, mort en exil à Paris. Son visage de jeune homme ou sa tombe monumentale du Père Lachaise sont quelque part dans notre mémoire visuelle. Que nous l'ayons lu ou vu représenter sur scène, Oscar Wilde est très flou : peut-être avons-nous plus d'idées précises de Dorian Gray que de son auteur !

Un écrivain anglais vient nous apporter un angle de vision totalement nouveau. À travers des enquêtes policières (trois dont deux traduites en français), il fait vivre Wilde à l'époque de son succès, entouré de ses amis dont Sir Arthur Conan Doyle et Robert Sherard, le narrateur.

Dans des romans policiers d'un style assez proche de Sherlock Holmes, on côtoie donc un homme marié et père de deux enfants, très amoureux de son épouse Constance. Il fréquente aussi de jeunes gens... sur lesquels le narrateur ne fait que des commentaires très étudiés : il connaît la vie privée de son ami et ne la juge jamais, en bon gentleman victorien.

Dans le deuxième tome, il fréquente même un autre gay célèbre, Christopher Bram, Le Père de Frankestein (1) avant son départ pour les États-Unis.

Il n'est jamais intéressant de commenter en détail des intrigues policières. Celles-ci sont très bien construites avec un Wilde dans sa vie quotidienne comme enquêteur, son esprit, son humour et ce que l'on devine du côté caché à peine dévoilé. En commençant par les chandelles, on pourra faire connaissance avec celui des deux romans où le rôle d'une homosexualité refoulée est assez important, mais je n'en dirai pas plus... Inutile de s'attendre à de grandes effusions viriles... même avec John Gray (2) ou Bosie, le flegme britannique reste l'atout majeur de ce narrateur érudit à qui on a souvent envie de dire : « Lâche-toi un peu, Robert, tu nous as dit que tu n'étais pas son amant, alors... »

Il n'empêche : le Père Docu est fier d'avoir déniché ça pour vous (lecture d'été ?) et bravo aux éditions 10/18 pour ce beau travail !

Lecteurs anglophones, attention ! N'achetez pas Oscar Wilde and a Death of No Importance ET Oscar Wilde and the Candlelight Murders, car il s'agit en fait du même livre avec deux titres différents, le premier aux USA et le second au Royaume-Uni !

 

(1) http://www.lestoilesroses.net/article-30995870.html

(2) Personnage souvent évoqué par Patrick Cardon dans son étude Discours littéraires et scientifiques fin-de-siècle (http://www.lestoilesroses.net/article-29701813.html).

 

POUR EN SAVOIR PLUS :

Le site (en anglais) de ces aventures :

http://www.oscarwildemurdermysteries.com/

Une promenade avec l'auteur dans les lieux où se rendait Oscar Wilde : autopromotion intelligente !

http://www.youtube.com/watch?v=UfY7PotyrKM

Télécharger gratuitement le premier chapitre d'Oscar Wilde et le jeu de la mort

http://www.10-18.fr/grands-detectives-fiche-livre-9782264046505.html

Télécharger gratuitement le premier chapitre d'Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles

http://www.10-18.fr/grands-detectives-fiche-livre-9782264046499.html

Oscar Wilde :

Sur Les Toiles Roses : http://www.lestoilesroses.net/article-5363372.html

Sur Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Oscar_Wilde

On découvrira Wilde (et Bosie...) sous un angle tragiquement différent avec le livre et la pièce De Profundis : http://www.lestoilesroses.net/article-33923169.html

 

shabazz

Jack & Ellis, Shabbaz, H&O, 2009, 280 p. 14,5 x 22 cm, 17 €

États-Unis d'Amérique, 1970.

Jack Terrenoire. Trente-trois ans. Musique aléatoire mais choc prévu, programmé, inévitable.

Bi… Bisexuel... en attendant l'exclusivité dans les bras d'Ellis. Jacques est bipolaire, maniaco-dépressif : dépression et euphorie, enfer et... purgatoire. Lecteur de Genet, Navarre, Proust, Baldwin, Crevel…

Ellis. Barebacker de Cody, Wyoming. Trente ans. Un vrai dur à cuire qui monte à cru dans des compétitions de rodéo. Vous avez pensé qu'il se faisait enculer sans capote ? Pas son genre. Le vrai cowboy, blond, ténébreux, taciturne. Hétéro ? Connaît-il ce mot ?

L'intello français a divorcé et laissé sa petite Euryale à Mondeva, sa mère. Compositeur de musique électroacoustique, il a débarqué à JFK à la recherche d'une vérité. De sa vérité : une envie de corps d'homme, de bite, de foutre. Destination : le Wyoming : Ploucland où fut assassiné Matthew Shepard. (1). Ellis tire un coup à droite à gauche, Cassie l'infirmière, sa régulière, Janice, Alicia... pas de misère sexuelle mais pas loin de la misère tout court.

Source intarissable d'images, le film d'Ang Lee (2). Mémoire visuelle excitée par le cliché de couverture, nourrie tout au long du road-movie de Shabazz. Wanted : Bareback Mountain, pas celle des pornos qui ont sauté de bric et de Broke pour rebondir, peu ou Proulx (3), sur le thème des cowboys pédés. Une ferme au bord d'un lac, un lieu où vivre à deux. Deux mecs, Into The Wild. Animaux, nature, sexe et amour, un petit ranch d'enculés dans la sauvage prairie.

Ces deux-là vont en voir avant de...

Inutile et vain de vouloir résumer Shabazz, dangereux de singer un style si personnel qui ne doit effrayer personne. Je ne connais rien à la musique de Stockhausen qui rythme les soubresauts du périple de Jack. Il m'a embarqué sur ses divers pick-up (véhicules et musicaux) et j'ai même fait du rodéo avec Ellis. Si j'ai pour cela enfilé la chemise d'Ennis del Mar, c'est dans une aventure totalement différente que j'ai plongé. Dans un contexte d'homophobie à la violence difficilement conceptualisable avant la lecture de ce livre.

Un roman d'amour et d'Amérique. De musiques en tous genres. Violent et pénétrant, oui, comme vous le pensez, là où vous le pensez. Du cœur et du cul, de la merde et du whisky. Un idéal absolu : pas de bons sentiments, mais des brutes et des truands. Un style à la mesure des horizons parcourus, des rêves frôlés, des viols et des bastonnades vécus. Une aventure et un auteur dont on retiendra le nom : Shabazz, avec deux z.

 

(1) À la mémoire de qui le livre est dédié :

Matthew Shepard : http://www.matthewshepard.fr/texte.htm

Une loi américaine de juillet 2009 inspirée de son « cas »:

http://www.gayclic.com/articles/le_senat_americain_approuve_le_projet_de_loi_dit_matthew_shepard_act_.html

(2) Le film : http://www.lestoilesroses.net/article-1699378.html

(3) Le livre : http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/11087

 

POUR EN SAVOIR PLUS :

Le site de l'éditeur :

http://www.ho-editions.com/caddie/description.php?II=203&UID=2009071811153690.10.237.143

Le blog d'Euryale : http://blog.euryale.info/post/2009/05/05/Jack-Ellis-SHABAZZ

Bande son... juste pour accompagner la lecture de certains passages : inutile avant d'entrer dans l'histoire, et pas indispensable pendant ni après, elle est destinée à ceux dont Jack & Ellis auront excité la curiosité musicale

Xenakis (p.18) :

http://www.youtube.com/watch?v=9QQFnnpbA9Q

http://www.youtube.com/watch?v=gRLv2gQ_OeM

Franck Sinatra :

(p.18) http://www.youtube.com/watch?v=3RZK7Nw1QE4

(p.66) http://www.youtube.com/watch?v=vhO3NynS9FI

(p.212) http://www.youtube.com/watch?v=OrVnphtSOBU

(p.212) musique de A man alone http://www-v3.deezer.com/listen-89236

(p.212) http://www.youtube.com/watch?v=N0xiex71yxc

Someday, my prince ... http://www.youtube.com/watch?v=57HnHX-BlRg

Stockhausen :

http://www.youtube.com/watch?v=ofQshGGafYA

 

coeurdepierre

Le Cœur de Pierre, Christophe Lucquin, Montréal, Éditions PopFiction, collection Homonyme, 2009, 109 p., 12,7 x 20 cm, 12 €.

Pierre est un jeune homme de vingt-sept ans. Comme son créateur, il a bourlingué : la Réunion, Saint-Pierre-et-Miquelon, Niort, Paris, Madrid… Buenos Aires.

Ses amours sont difficiles et il ne nous cache rien de ce qui l’excite dans les corps de ses amants ni de ce qui l’attire ou lui fait peur dans la profondeur ou la superficialité de ses liaisons. Christophe Lucquin nous fait partager les émotions, souvent contradictoires, de Pierre.

Comme le suggère la photo de couverture, c’est au gré de pages d’écriture que ce cœur sera emporté au fil des rencontres. Comme un galet poli par les vagues, il va heurter son identité, sa culture, son éducation aux chocs de la vie. Amours, jalousie, rivalités, dans un univers gay où les corps, leurs frottements et jouissances variées ont des codes que Pierre analyse assez lucidement sans pour autant en tirer de solutions.

Ce premier roman utilise des styles variés, autobiographique, épistolaire des courriels, théâtral pour résumer la vie, cinématographique de certains dialogues. Le Cœur de Pierre est un bon essai romanesque sur la précarité du couple gay aux débuts du XXIe siècle.

Note : ce livre est le premier d’une nouvelle collection éditée au Québec, qui a déjà programmé deux autres titres d’auteurs français. Un bon moyen de renforcer les liens franco-québécois ? En attendant il est distribué à un prix français « habituel » (12 €) dans nos librairies réelles ou virtuelles habituelles.

 

POUR EN SAVOIR PLUS :

Le site de l’éditeur :

http://editionspopfiction.com/francais/index.html

La collection « Homonyme » :

http://editionspopfiction.com/francais/Collection-HOMONYME.html

 

eudeline

Rue des martyrs, Patrick Eudeline, Grasset, 2009, 312 p., 18,50 €.

Un duo de mecs : Jérôme et Chouraqui. Une rencontre des sixties au Drugstore Saint-Germain : Jérôme a la rock attitude et veut devenir une star. Chouraqui est son producteur. Gudule entre les deux, paumée, shootée, amoureuse de Jérôme mais sensible jusqu'au bout aux étreintes féminines.

Et les échecs qui se suivent et se ressemblent, en 45 tours puis sur scène... jusqu'à une disparition complète, que Chouraqui ne peut admettre.

Patrick Eudeline compose la mélodie du temps qui passe, qui assassine et qui détruit, qui ressuscite pour mieux emporter. Les modes vestimentaires et les styles musicaux de la planète Paname. Les succès fugaces, les espoirs plus cruels que les déceptions.

Un voyage depuis les années soixante au fil des microsillons, des cassettes audio puis de l'arrivée de ce lien qui à partir de la page 223 donne à l'histoire un tour sur lequel nous nous sommes rencontrés, celui du réseau mondial de l'internet.

Le rock est le fil conducteur de ce récit : mode de contestation puis langage universel avant de devenir « niche commerciale » au milieu du village-monde où il a cessé d'être une référence pour la jeunesse.

Jeunesse qui se veut insouciante sous les codes vestimentaires qui détonnent, bref passage sur le devant de scènes médiatiques cruelles, combat pour la survie, pour la vie : Eudeline devrait par son style et son sujet capter un auditoire très large à qui il apportera une vision décalée et d'accès facile à un univers qui a laissé dans nos oreilles et dans nos têtes de nombreuses traces mélodiques.

 

POUR EN SAVOIR PLUS :

Interview de Patrick Eudeline :

http://www.menstyle.fr/culture/livres_photos/videos/090610-rencontre-avec-eudeline.aspx

Ses sources d'inspiration pour ce roman :

Non citée :

Alain Kan : http://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Kan

Citées en fin de livre :

José Salcy : http://www.retrojeunesse60.com/jose.salcy.html

Jacques Filh : http://www.bide-et-musique.com/song/11986.html

Critique de Rue des Martyrs par Les Obsédés Textuels :

http://www.lesobsedestextuels.com/index.php?post/2009/07/14/Rue-des-Martyrs-de-Patrick-Eudeline

 

sedaris

Je suis très à cheval sur les principes, David Sedaris, Éditions de l'Olivier, 2009, 292 p., 20 €.

David Sedaris pratique l'art du changement de monture. Quel que soit le manège, c'est toujours un « haras qui rit » devant l'inanité de ses gesticulations.

Voici un homme riche et reconnu qui promène un regard décentré plus qu'excentrique sur le monde de ce début de XXIe siècle. Son mari, Hugh, est homosexuel. Américain possédant une résidence secondaire en Normandie, il décide d'aller s'installer à Tokyo où il va, entre autres japonaiseries, s'inscrire dans une école de langues. Élève piteux, ses tentatives d'approche du monde japonais s'accompagneront de moments de désespoir d'une certaine drôlerie.

Voici un livre inclassable avec ses moments d'humour partagé et d'autres qui plongent le lecteur dans des abîmes de perplexité.

S'habiller ainsi « fait vraiment pédé ».

En France, on n'annonce jamais les coupures d'eau et on fait une utilisation vraiment excessive du mot « merde ».

Se lever pour aller faire pipi est vraiment très ennuyeux et il vaut mieux pour éviter cela se munir du dispositif réservé aux routiers pressés, aux incontinents et autres supporters sportifs impénitents, quitte à s'embrouiller un peu avec le préservatif adhésif, les tuyaux et le réservoir de ce Copain du Stade.

Les couples ont des conventions étranges et variables sur des thèmes tels que la couleur du papier peint, la monogamie, les sauces, les partenaires avec qui on peut coucher soit une seule fois, soit seulement à l'extérieur...

Curieux texte qui risque d'ennuyer les amis à qui vous le conseillerez en toute bonne foi et de passionner ceux à qui vous direz : « Je ne pense pas que tu aimeras ce livre ».

Loufoque et profond. Lucide et déjanté.

Drôle de drame. Bizarre : vous avez dit bizarre ?

 

POUR EN SAVOIR PLUS :

Pour les anglophones :

Biographie Wikipedia : http://en.wikipedia.org/wiki/David_Sedaris

Lecture du chapitre sur son Copain du Stade :

http://www.youtube.com/watch?v=YBdymtyXt8Y

Présentation de la version originale de ce livre :

http://en.wikipedia.org/wiki/When_You_Are_Engulfed_in_Flames


Note de Daniel C. Hall : Si les éditeurs ou les auteurs (auto-édités ou non) souhaitent envoyer un service de presse à Gérard en vue d’une critique sur ce blog, merci de prendre contact avec le chef Daniel C. Hall qui vous communiquera ses coordonnées : lestoilesroses@hotmail.fr.



TO BE CONTINUED…



Le Père Docu s'appelle Gérard Coudougnan, il est né en 1962 et a pour qualification « enseignant-documentaliste », vous savez la dame qui râle au C.D.I. (centre de documentation et d'information) : c'est lui. Pour des raisons indépendantes de sa volonté, il est en ce moment éloigné de son lieu de travail habituel mais a toujours un C.D.I. (contrat à durée indéterminée) avec les bouquins pour qui il a une vraie A.L.D. (affection de longue durée).

Au hasard de ses lectures, il a croisé Marc-Jean Filaire puis Môssieur Daniel C. Hall (« The Boss ») qui lui a proposé de regrouper ici quelques « recensions » d'ouvrages à thématique LGBT.

Toute remarque, toute suggestion sera la bienvenue. Les avis, sous forme de commentaires, pour échanger des points de vue encore plus !

La bibliothèque rose est ouverte… vous avez lu Le Club des Cinq d'Enid Blyton ? Claude, le « garçon manqué » est peut-être alors votre première rencontre avec une petite lesbienne ou une future transgenre ? Ah bon, vous n'avez pas connu les Bibliothèques Rose et Verte ? Qu'importe, entrez (couverts !) ici et faites ce que vous voulez entre les rayons, ne soyez pas sages ...

 


Olivier Delorme, Comment je n'ai pas eu le Goncourt,

H&O éditions, 2009, 124 p. - 10€

 

Un Goncourt gay ?

En 2009, cela n'intéresserait pas grand monde de savoir quelles sont les préférences de l'auteur. Ce serait même presque « ringard » depuis Le Jardin d'acclimatation d'Yves Navarre (1), lauréat d'un prix que Jean-Louis Bory avait déjà remporté (avant sa sortie du placard) en 1945 avec Mon Village à l'heure allemande (2).

On connaît même des auteurs à l'homosexualité savamment médiatisée, subtilement dosée dans leurs écrits et entrant dans des canons tout à fait conformes aux moules éditoriaux. Victimes de leurs pulsions, martyrs d'une homophobie auto-entretenue, provocateurs d'une sexualité hors normes, ils pourraient prétendre au prix.

Le narrateur de ce petit polar n'est pas de ceux-là. Il « en est » avec un naturel et une lucidité désarmants et qui ont fait de lui l'auteur fétiche de bon nombre de gays lassés des clichés et des redondances sur « le douloureux problème de l'homosexualité ». C'est parce qu'elle n'est pas un problème pour lui que, de salon en salon, il nous en décrit de belles, entre la sublime Marina et cet obsédé de Cyrille qui ne pense qu'à tester l'hétérosexualité des notables locaux !

Une (seule ?) main mystérieuse assassine les rivaux de notre gay goncourable. Est-il aussi désintéressé et innocent dans cette hécatombe qui doit le mener vers la récompense suprême (il ne pense pas au Nobel tous les matins en se rasant !) ?

Olivier Delorme nous livre là son plus bref récit et c'est le moyen pour ceux qui ont la chance de ne pas y avoir goûté de faire connaissance avec lui. Ses pavés précédents ont pu en effrayer (à tort !) plus d'un : on retrouve ici une fine érudition, un esprit d'empathie et de complicité qui nous embarquent jusqu'à la table de Drouant sans nous laisser respirer, l'esprit tiraillé entre l'élaboration d'hypothèses et l'envie de savoir qui est visé sous tel ou tel pseudonyme.

Cela ne va pas aider l'auteur à trouver un nouvel éditeur, mais ses lecteurs auront gagné un nouveau moment de réflexion et de plaisir !

 

(1) Prix Goncourt 1980, superbement réédité il y a peu par H&O éditions.

http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/video/I00001223/interview-d-yves-navarre-prix-goncourt-1980.fr.html

(2) Vidéo :

http://boutique.ina.fr/video/art-et-culture/litterature/AFE86003369/jean-louis-bory-recoit-le-prix-goncourt.fr.html

 

Note : on pourra savourer le délicat portrait de Verlaine décrit par un frère Goncourt :

« Malédiction sur ce Verlaine, sur ce soûlard, sur ce pédéraste, sur cet assassin, sur ce couard traversé de temps en temps par des peurs de l'enfer qui le font chier dans ses culottes, malédiction sur ce grand pervertisseur qui, par son talent, a fait école, dans la jeunesse lettrée, de tous les mauvais appétits, de tous les goûts antinaturels, de tout ce qui est dégoût et horreur. »

Edmond de Goncourt, Journal, 1er juillet 1893.

 

POUR EN SAVOIR PLUS :

Biographie : http://fr.wikipedia.org/wiki/Olivier_Delorme

Une interview hommage à H&O, son éditeur :

http://www.polychromes.fr/spip.php?article318

Son site internet : http://www.olivier-delorme.com/

Son blog : http://www.olivier-delorme.com/odblog/

Groupe d'amis FaceBook :

http://www.facebook.com/group.php?gid=85260688604&ref=ts

 

 

INTERVIEW : OLIVIER DELORME

 

Les Toiles Roses : Olivier, ton but en écrivant ce roman était donc de te fermer la porte de tous les « grands éditeurs » ?

Olivier Delorme : Non !!! Je rêve toutes les nuits de trahir H&O pour Chalminar, Alcuin Marcel ou Braisaillon, de devenir un Ôteur riche et célèbre, de sortir à chaque rentrée littéraire un produit (plus qu’un livre) de cent vingt pages écrit très gros, avec trois personnages et deux idées, parlant essentiellement de mon nombril, qui ne fasse surtout ni rire ni penser, qui n’ait pas le vulgaire de vouloir captiver par une vraie histoire, bien construite : chacun sait bien qu’après Auschwitz, le roman est mort.

Mais je n’y parviens pas.

Je voudrais, moi aussi, écrire en déstructurant la langue, outrageant la syntaxe et malmenant la grammaire parce qu’on ne peut plus écrire en bon français après Céline : c’est tellement ringard ! Bref, je ne rêve que de devenir un Ôteur à la mode, dans le vent, un Ôteur que s’arrachent toutes les maisons d’édition parisiennes, un Ôteur à prix que la critique encense – surtout Arnaud Viviant et Les Inrockuptibles !

Le vrai drame de ma vie, c’est que, malgré moi, je ne peux m’empêcher d’écrire sur le monde tel qu’il est plutôt que sur moi, de construire de vraies histoires, d’aimer la langue, les mots, les personnages, les intrigues et la critique sociale : autrement dit, je suis totalement irrécupérable.

 

Après tes « pavés », cet exercice de style est-il une récréation ou, pour le scénariste d'intrigues entremêlées que tu es, une épreuve ?

H&O m’a plusieurs fois poussé à me colleter avec des genres vers lesquels je ne serais pas allé naturellement : la nouvelle, l’érotique. Avec La Quatrième Révélation et L’Or d’Alexandre, j’ai voulu utiliser, en les subvertissant, les codes du thriller, pour embarquer le lecteur vers des univers, des émotions, des réflexions auxquels il ne s’attend pas forcément en ouvrant un livre « de genre ». Et ça marche ! Nombre de lecteurs m’en rendent témoignage. À chaque fois, les contraintes de forme que mon éditeur m’a suggérées ou que je m’imposais, ont enrichi mon écriture, fait travailler ce que je sais être mes défauts.

Il y a un peu plus d’un an, H&O m’a demandé si je serais prêt à lui écrire une novella, longue nouvelle ou court roman, qu’il comptait offrir dans le cadre d’une opération commerciale marquant son dixième anniversaire.

L’idée d’écrire quelque chose de drôle et ravageur sur la comédie du monde littéraire que je vois se jouer depuis 1996, date de sortie des Ombres du levant, me trottait dans la tête depuis un moment : les deux choses se sont culbutées dans mon esprit pervers. Suspense policier qui tienne la route, brièveté, causticité dans la satire de la Nomenklatura littéraire, raconter au lecteur ce qu’est la chaîne du livre et à quelle place (accessoire !) s’y trouve l’Ôteur : j’ai bâti l’histoire à partir de ce cahier des charges. Puis, une fois que tout était à peu près en place, l’hiver dernier, sur une île qui ressemble un peu à celle d’où le Goncourt arrache mon narrateur, je suis passé à l’écriture. Dans la jubilation. Et avec, en embuscade derrière l’imprimante, mon compagnon et âme damnée qui, à la première lecture, rebondissant sur mes provocations, me suggérait quelques loufoqueries supplémentaires : un grand moment de bonheur !

C’est lui, par exemple, qui a trouvé ce titre superbe : La Salamandre de Carinthie, grand roman de Marie-Monique Sénéchal, assassinée d’un coup de poinçon… comme Sissi – charge à moi, ensuite, d’inventer l’histoire que raconte ce roman. C’est lui qui a baptisé ce grand imposteur littéraire d’Antoine Zazor, à qui j’ai donné chair et qui ne présente bien sûr aucune ressemblance, autre qu’involontaire et fortuite, avec aucun Ôteur existant ou ayant existé !

En revanche, les frères Fedor et Michka Trepanov, ou Megana, l’inoubliable Ôteuse de Mon pet dans la piscine, il n’y est pour rien.

Bref, l’opération commerciale a été annulée et mon non-Goncourt est devenu un vrai livre, le plus léger en poids et en ton… pas forcément en contenu.

 

Que t'a inspiré la remise du prix Renaudot à Frédéric Beigbeder ?

Un immense et incoercible éclat de rire !

 

Et la polémique sur les propos de Marie NDiaye ?

Le 27 octobre 1966, André Malraux montait à la tribune de l’Assemblée nationale parce que des Raoult de l’époque accusaient le ministère des Affaires culturelles de subventionner un théâtre dans lequel on jouait Les Paravents de Genet, pièce jugée, par ces Raoult d’hier, insultante pour la France. Il leur répondait ceci : « La liberté n'a pas toujours les mains propres, mais il faut cependant y regarder à deux fois avant de la jeter par la fenêtre... (…) Vous avez dit que cette pièce était anti-française : elle est en fait anti-humaine, elle est anti-tout. Goya aussi l'était, comme on le voit dans les Caprices. Vous avez parlé de « pourriture » : soyez prudents ; avec des citations, on peut tout condamner. Que dire alors de Une Charogne de Baudelaire ? Je ne prétends certes pas que Genet est Baudelaire [ni moi que Mme NDiaye soit Genet]. Ce que je veux dire, c'est que lorsque quelque chose blesse votre sensibilité, il est déraisonnable de l'interdire : ce qui est raisonnable, c'est d'aller ailleurs. »

J’eusse simplement apprécié que, s’il avait eu un tout petit peu de courage, M. Frédéric Mitterrand répondît quelque chose dans le genre plutôt que de ramener le principe fondamental de la liberté d’expression à une question d’ordre privé.


 

Tu parles de Tigrane l'Arménien parmi tes romans et c'est le seul que l'on ne parvienne pas à relier à un titre existant : peux-tu nous en dire plus sur tes écrits actuels, en exclusivité pour Les Toiles Roses ?

On n’y parvient pas parce qu’il est en cours d’écriture ! Au printemps 2008, au salon du livre de La Gaude, dans l’arrière-pays niçois, je me suis trouvé confronté, à l’occasion d’un débat, à une Ôteuse qui fut naguère célèbre et qui a tenu devant moi des propos révisionnistes sur le génocide arménien qui m’ont révolté.

Chacun de mes romans naît d’une émotion forte, d’un sentiment que j’ai soudain besoin – un besoin absolu – d’écrire à propos d’une histoire humaine, une histoire de dignité humaine, de gens de chair et de sang à qui on a ôté le droit à la parole, une histoire qui m’a « pété » au visage à un moment de ma vie : la résistance grecque (Les Ombres du levant), la guerre civile grecque et la dictature des colonels (Le Plongeon), les disparus de Chypre (Le Château du silence), l’homophobie qui continue à tuer (La Quatrième Révélation) ou la vie qu’on fait et le regard qu’on porte sur les personnes qui ont un handicap (L’Or d’Alexandre).

Le prochain entremêlera deux époques, 1915-1920 et aujourd’hui, les histoires de Bedros Arevchadian et de son petit-fils Tigrane.

Mais j’ai dû m’interrompre dans l’écriture, il y a quelques mois, pour honorer la commande que m’a passée un grand éditeur parisien (ça y est, j’ai trahi !) : une synthèse sur l’histoire (je suis historien de formation) de la Grèce et du sud des Balkans, à paraître en principe en septembre 2010.

 

Entre le roman « sérieux » et les livres historiques, tu n'écris donc rien d'autre ?

Comme je l’ai dit plus haut, H&O m’a poussé au vice, il y a quelques années, en m’induisant à la tentation d’écrire des romans érotiques. J’en ai commis trois et je me suis bien amusé. Mais comme mes romans sérieux s’adressent à tout public, je n’ai pas voulu que des lecteurs non gays croient acheter un Delorme et se retrouvent dans un univers de croisière sodomite, d’équipe de rugby où les shorts s’envolent aussi vite que dans le calendrier annuel des Dieux du stade, ou bien encore dans le merveilleux monde d’un jeune magicien aux airs d’Harry P., mais qui s’intéresse surtout aux philtres aphrodisiaques et à certains usages du certaines baguettes magiques…

 

Pour en revenir à Comment je n'ai pas eu le Goncourt, il ya un personnage que tu aimes particulièrement ?

J'ai droit à deux ?

 

Si tu veux.

Cyrille et Marina bien sûr, avec qui nous formons sur les salons une redoutable bande des trois ! Sur Cyrille, je n'en dirai pas plus, j'ai maquillé son nom, parce que je ne voulais pas que ses frasques puissent lui porter préjudice auprès de son lectorat qui est, disons, moins déluré que lui. Marina, c'est Marina Dédéyan, que j'ai effectivement rencontrée sur un salon, qui est effectivement devenue une amie, qui nous donne effectivement le cochon d'Inde de son fils en garde pour les vacances – cochon d'Inde qui joue un rôle déterminant dans la résolution de l'énigme policière du bouquin par une Marina transformée en Miss Marple (en beaucoup plus sexy, je précise !)... Marina qui, paraît-il, me rend la pareille dans son prochain roman où elle a créé un guerrier viking complètement pédé ! Bien mieux que le Goncourt, non ?

 

[Note personnelle de Daniel C. Hall : Un grand merci à Olivier pour le temps qu’il a consacré à notre Coudou commun. Un grand merci, aussi, à Henri et Olivier (H&O) pour leur remarquable travail d’éditeur, mais aussi pour le repas gargantuesque de samedi dernier et pour notre Gay Pride dans les ruelles de Le Triadou avec Marco et Vincent. Bises.]

 

Toutes les photographies sont © D. R. Elles sont reproduites avec l'autorisation de Olivier Delorme.

Note de Daniel C. Hall : Si les éditeurs ou les auteurs (auto-édités ou non) souhaitent envoyer un service de presse à Gérard en vue d’une critique sur ce blog, merci de prendre contact avec le chef Daniel C. Hall qui vous communiquera ses coordonnées : lestoilesroses@hotmail.fr.


TO BE CONTINUED…



Le Père Docu s'appelle Gérard Coudougnan, il est né en 1962 et a pour qualification « enseignant-documentaliste », vous savez la dame qui râle au C.D.I. (centre de documentation et d'information) : c'est lui. Pour des raisons indépendantes de sa volonté, il est en ce moment éloigné de son lieu de travail habituel mais a toujours un C.D.I. (contrat à durée indéterminée) avec les bouquins pour qui il a une vraie A.L.D. (affection de longue durée).

Au hasard de ses lectures, il a croisé Marc-Jean Filaire puis Môssieur Daniel C. Hall (« The Boss ») qui lui a proposé de regrouper ici quelques « recensions » d'ouvrages à thématique LGBT.

Toute remarque, toute suggestion sera la bienvenue. Les avis, sous forme de commentaires, pour échanger des points de vue encore plus !

La bibliothèque rose est ouverte… vous avez lu Le Club des Cinq d'Enid Blyton ? Claude, le « garçon manqué » est peut-être alors votre première rencontre avec une petite lesbienne ou une future transgenre ? Ah bon, vous n'avez pas connu les Bibliothèques Rose et Verte ? Qu'importe, entrez (couverts !) ici et faites ce que vous voulez entre les rayons, ne soyez pas sages ...

 


Jean-Luc ROMERO, Les Voleurs de liberté : Une loi de liberté sur la fin de vie pour tous les Français !, Florent Massot, 2009, 234 p., 18,50 €.

 

Voici un coup de gueule du président de l'ADMD (1). Un plaidoyer vibrant et solidement argumenté pour le droit de mourir dans la dignité, un droit auquel chacun d'entre nous est sensible. Les exemples choisis sont percutants : Vincent Humbert bien sûr, mais aussi et surtout Chantal Sébire dont il a accompagné la lutte pour une fin de vie douce et digne.

L'homme a fait preuve de son courage, tant sur le plan personnel que politique. Premier homme politique français à avoir révélé sa séropositivité, c'est un homme de conviction plus que de clan. Il tire plusieurs fois à bout portant sur Christine Boutin dans ce livre et, s'il reconnaît des qualités humaines à celui dont il fait la tête de file des Voleurs de liberté, il a peu d'indulgence pour Jean Léonetti, député UMP et grand ordonnateur de l'actuelle loi sur la fin de vie ici analysée. Depuis son départ de l'UMP en 2006, Jean Luc Romero siège au Conseil régional d'Ile-de-France dans le groupe des Radicaux de Gauche, comme apparenté.

S'appuyant sur un vécu personnel d'accompagnant de malades, sur ses propres volontés de personne touchée par le HIV, il fait un large tour d'horizon militant des moyens de quitter dignement ce monde. Les expériences belge et suisse sont étudiées, mettant en avant leurs aspects les plus positifs, sans oublier une vraie enquête critique dans le cas de l'association Dignitas (2).

Ceux d'entre nous qui ont vidé leurs carnets d'adresses dans les années 80 et 90, ceux qui ont dans la poche et en tête leurs polythérapies savent plus que les autres de quoi il est question.

Il s'accompagne d'une importante documentation utile à ceux qui veulent prendre des précautions élémentaires contre l'acharnement thérapeutique (p. 185 à 235). En plus de l'actuelle loi Léonetti, on a le texte de celle proposée par l'ADMD, des fiches pratiques à laisser aux siens et des instructions claires à donner à son médecin traitant. Parmi les témoignages et testaments reproduits, celui de Ramon Sanpedro aura une résonance particulière pour ceux qui ont vu le film Mar Adentro (3).

On pourra seulement regretter que cette plaidoirie à laquelle on souscrit assez facilement tant elle est construite et argumentée ne tienne pas mieux compte des objections des « voleurs de liberté » que cette appellation discrédite d'emblée. La loi Léonetti qui condamne à mourir de faim et de soif les personnes dont la fin de vie a été décidée a fait preuve de son insuffisance. Il existe pourtant de sérieux arguments que l'on aurait aimé voir abordés par l'auteur. Ils concernent tout d'abord les patients atteints de maladies dégénératives au pronostic de mort clairement annoncé : dans un contexte de grave déficit de l'Assurance Maladie, comment ne pas craindre qu'à l'acharnement thérapeutique justement dénoncé par Jean-Luc Romero ne fasse place un souci d'économies, sachant le prix des derniers jours d'une vie à l'hôpital ? On peut donc compléter ailleurs son information et équilibrer ce cri par celui de ceux qui veulent « Plus digne la vie » (4) et même si dans ce groupe on trouve le nom du député Léonetti, nous sommes également sensibles à la présence d'Alexandre Jollien, brillant philosophe dont Le Métier d'Homme est un texte inoubliable, même lorsque l'on ignore que son auteur est infirme moteur cérébral, Elie Wiesel, Augustin Legrand (Les Enfants de Don Quichotte) ou Jean-Louis Fournier, auteur de Où on va, Papa ? (5) font également partie de ce collectif auquel on pourra tenter de confronter les arguments de l'auteur.

Le livre de Jean-Luc Romero est un élément important du débat sur la fin de vie. Avec une sincérité et l'engagement d'un homme qui n'hésite pas à bousculer les limites politiques et humaines, il apporte un point de vue passionné et passionnant sur le seul avenir que nous ayons tous en commun.

 

(1) http://www.admd.net/

(2) http://www.dignitas.ch/index.php?option=com_content&task=view&id=136&Itemid=173

(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Mar_adentro

(4) http://www.plusdignelavie.com/accueil.php

(5) http://www.handilove.com/?page=culture&idContentTxt=118&styleoff=&deficient=(ue=fr

POUR EN SAVOIR PLUS :

Biographie wikipédia de J.-L. Romero :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Luc_Romero#Carri.C3.A8re_politique

Son site officiel : http://www.jeanluc-romero.com/

Et son blog : http://www.romero-blog.fr/

Audition de J.-L. Romero à l'Assemblée Nationale devant la mission Léonetti, le 4 juin 2008 :

http://www.assemblee-nationale.fr/13/commissions/droits-malades-20080604-1.asp

INTERVIEW DE JEAN-LUC ROMERO

 

Les Toiles Roses : Monsieur Romero, nous vous accueillons avec respect sur Les Toiles Roses à l'occasion de la publication de votre dernier livre Les Voleurs de liberté. La plupart de nos lecteurs connaissent la force de vos engagements et apprécient souvent votre visibilité dans un monde politique où l'homosexualité n'est pas un thème fédérateur. C'est sur le sujet de la fin de vie que porte ce livre, dont l'auteur est également président de l'ADMD, Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité.

Comment faire la différence entre une mort digne et un suicide assisté ? Quels sont les enjeux qui séparent ces deux concepts ?

Jean-Luc Romero : La dignité dans la mort est un concept qui appartient à chacun d’entre nous. Pour certains, la dignité peut être synonyme d’acharnement. Chaque respiration est une victoire sur le mal et chaque victoire est une dignité. Pour d’autres, la dignité peut être synonyme d’autonomie. La mort devant intervenir au moment où la vie n’est plus celle de liberté et de voyages que l’on s’est imaginée. Le suicide assisté, c’est un suicide commis avec l’aide d’une personne, parfois issue du corps médical. Évidemment, dans notre esprit, le suicide assisté se fait grâce à des produits médicamenteux qui entraînent une mort douce, sans souffrance. Le suicide assisté nécessite, dans tous les cas, que le patient puisse accomplir un geste, aussi minime soit-il, permettant d’être l’acteur de son suicide.

 

Vous faites un récit passionnant et très touchant de votre relation avec Chantal Sebire. J'ai regardé le numéro de Zone interdite qui lui a été consacré sur M6 le 30 mars 2008. Quand une personne décrète qu'elle refuse la morphine parce que « cela va la mettre dans un état comateux », je pense qu'il y a d'abord un vrai problème d'information médicale. Pour avoir été sous doses massives de morphine, j'ai pu faire l'expérience de la « juste dose » qui soulage sans faire perdre contact avec la réalité. Le refus par Chantal de la souffrance est naturel, mais refuser catégoriquement l'antalgique est comparable au paraplégique qui refuse le fauteuil roulant. Pourquoi, sans briser le secret de votre relation, un tel blocage ?

Depuis les années sida, il est reconnu aux patients le droit de prendre en charge leur thérapie. Le refus de Chantal Sébire lui appartient. Le fait qu’elle était allergique à la morphine est évidemment un élément de compréhension. Mais ce n’est pas le seul. Je crois que, comme beaucoup, Chantal souhaitait entrer dans la mort les yeux ouverts, et pas sous l’effet plus ou moins involontaire d’une surdose de morphine à laquelle, je me répète, elle disait d'ailleurs être allergique. Cette liberté et cette conscience faisait partie de sa notion de dignité dans la mort. Nous n’avons pas à la juger.

 

L'une de mes pensées, lors de mes nuits en soins intensifs, était : « Combien ça coûte ? Est-ce qu'on ne ferait pas mieux de me débrancher pour ce qu'il va rester du bonhomme ? » Si l'on parvient à obtenir une mort dignement assistée, quelles barrières pourra-t-on avoir contre un argument économique à l'abrègement rapide des souffrances ?

Cette pensée, vous l’avez eue alors que la loi n’existe pas – pas encore, aimerais-je dire ! C’est aujourd’hui que des lits d’hôpitaux sont vidés à la veille de week-end particulièrement accidentogènes. Les cas de personnes âgées dont on abrège la vie pour libérer des lits sont légions. L’argument économique est inacceptable pour moi. Et il pourrait exister dès aujourd’hui. En effet, les maisons de retraite, par exemple, pourraient être tentées de maintenir en état de survie des pensionnaires moribonds pour générer du chiffre d’affaires. Mais je ne crois pas à cet argument. Pour autant, la loi que nous demandons, la loi républicaine, protège des dérives, règle les situations et les actes. Elle protège celui qui veut vivre sa vie le plus longtemps possible, comme celui qui ne veut pas entrer dans l’enfer de la souffrance. Je fais souvent le parallèle avec le code de la route. Certes, certains chauffards ne le respectent pas. Mais il est pourtant la garantie de la cohabitation de tous sur la voie publique. En résumé, je dirais qu’il s’agit-là souvent d’un fantasme agité par les opposants à la liberté.

 

J'ai côtoyé des familles touchées par la maladie de Charcot (SLA) dont l'issue fatale est actuellement sans remèdes (1). La force et l'amour de ces familles qui cherchent à jouir de chaque instant d'une vie qui part en lambeaux me touchent autant que la volonté de celui qui refuse l'acharnement thérapeutique : ne croyez-vous pas qu'il y a là aussi une dignité à respecter ?

Au risque de me répéter, je réponds que la loi que nous demandons est une loi de liberté. Chacun, en conscience, soit parce qu’il l’exprime soit parce qu’il l’a écrit, a le droit de choisir les conditions de sa propre fin de vie. Et nul autre que lui n’en a le droit : ni les militants de l’ADMD, ni les médecins, ni le Pape. C’est pour cela que je ne suis pas le défenseur de ceux qui, croyant pratiquer une euthanasie, indiquent qu’ils ont lu la demande de mort dans les yeux du patient. C’est pourtant ce qui se passe encore trop souvent en France, que ce soit le fait de la famille, d’amis ou de médecins plus ou moins compatissants. Nous sommes résolument pour le respect de la volonté. Comme vous, je connais la maladie. Comme vous, je ne sais pas de quoi demain sera fait. Je ne sais pas plus ce que je souhaiterai au moment où… C’est pourquoi, je souhaite que le champ des possibles me soit ouvert.

 


Mettre dans un même sac tous Les Voleurs de liberté est une formule rapide et incisive. Pourtant, c'est aussi le risque de perdre de la crédibilité : entre le médecin qui dit « depuis la loi Léonetti, je peux proposer aux familles ce que je faisais en cachette, à savoir, augmenter la dose de morphine pour offrir un départ en douceur » et les marathoniens en blouse blanche qui foncent la tête entre les scalpels et le visage derrière le masque, sourds aux appels au dialogue, il y a une infinité de possibilités que votre raccourci élude !

C’est un point de vue. Les Voleurs de Liberté sont ceux qui font primer leur avis – voire leur idéologie – sur la volonté de celui qui est dans le lit. Qu’il agisse par compassion ou qu’il le fasse par intérêt, il reste celui qui se substitue de manière autoritaire, sans avoir été désigné par le principal intéressé.

 

Vous n’êtes pas tendre avec Christine Boutin et pour atteindre votre niveau en politique, il faut parfois avaler des couleuvres : avez-vous la possibilité de vous exprimer sur le cas Vanneste ?

Je ne souhaite plus parler de ce monsieur car à chaque fois, cela lui fait de la publicité. Le mieux est aujourd'hui de l'oublier car il n'existe que dans ses attaques contre les homosexuels. Il ne marquera ni l'histoire politique, ni la vie parlementaire et c'est très bien ainsi.

 

Dont acte : reléguons-le à la place qui est la sienne !

Durant ma maladie, j'ai reçu les anticorps de plus de 10 000 donneurs de sang. Beaucoup d'amis gays se sont sentis une vocation de donneurs, totalement vaine. Concernant ce refus du sang donné par les homosexuels, rien ne semble bouger, malgré le mouvement mené cet été par Fred Pecharman (Homodonneur, groupe FaceBook :http://www.facebook.com/group.php?gid=113488218027&ref=ts) : avez-vous les moyens d'informer vos collègues députés de cette situation scandaleuse ?

Cela fait plusieurs années que je lutte pour que la notion de populations à risques soit remplacée par celle – moins discriminatoire – de conduites à risques. En 2006 – il y a trois ans – le ministre de la santé d’alors, Xavier Bertrand, à ma demande, avait requis de l’Agence Française du Sang de modifier ses procédures pour intégrer cette nuance. Malheureusement, l’administration a joué la montre et la nouvelle ministre de la santé, Roselyne Bachelot, est revenue sur cette décision ministérielle. Aujourd’hui, rien ne justifie cette discrimination, condamnée par la Halde. Naturellement, j’ai saisi largement nos élus… mais sans succès à ce jour !

 

Dans vos combats, votre engagement d'homme dépasse les clivages politiques : est-ce la même chose dans les assemblées et les groupes de travail que vous fréquentez ?

Je ne peux pas faire de généralités. Certaines femmes et certains hommes sont ouverts, d’autres sont sectaires. Mais j’imagine que vous connaissez cela très bien. L’humanisme et la tolérance ne sont pas uniformément répartis sur cette terre. Et même si j’ai évolué dans mes croyances politiques, je ne dirai jamais que la lumière est ici lorsque l’ombre est là-bas.

 

C'est effectivement une très belle conclusion tout à fait en phase avec le mot d'ordre des Toiles Roses : « Infinie Diversité en Infinie Combinaison ». Merci de nous avoir accordé tout ce temps. Je vous souhaite le meilleur dans tous les domaines : la formule est banale mais aussi sincère que nos engagements communs.

 

(1) http://www.ars-asso.com/

 

Un immense merci à Isabelle Simon, attachée de presse chez Florent Massot, pour son professionnalisme si courtois et sa disponibilité !


Toutes les photographies sont © D. R. Elles sont reproduites avec l'autorisation de Jean-Luc Romero.


Note de Daniel C. Hall : Si les éditeurs ou les auteurs (auto-édités ou non) souhaitent envoyer un service de presse à Gérard en vue d’une critique sur ce blog, merci de prendre contact avec le chef Daniel C. Hall qui vous communiquera ses coordonnées : lestoilesroses@hotmail.fr.


TO BE CONTINUED…



Le Père Docu s'appelle Gérard Coudougnan, il est né en 1962 et a pour qualification « enseignant-documentaliste », vous savez la dame qui râle au C.D.I. (centre de documentation et d'information) : c'est lui. Pour des raisons indépendantes de sa volonté, il est en ce moment éloigné de son lieu de travail habituel mais a toujours un C.D.I. (contrat à durée indéterminée) avec les bouquins pour qui il a une vraie A.L.D. (affection de longue durée).

Au hasard de ses lectures, il a croisé Marc-Jean Filaire puis Môssieur Daniel C. Hall (« The Boss ») qui lui a proposé de regrouper ici quelques « recensions » d'ouvrages à thématique LGBT.

Toute remarque, toute suggestion sera la bienvenue. Les avis, sous forme de commentaires, pour échanger des points de vue encore plus !

La bibliothèque rose est ouverte… vous avez lu Le Club des Cinq d'Enid Blyton ? Claude, le « garçon manqué » est peut-être alors votre première rencontre avec une petite lesbienne ou une future transgenre ? Ah bon, vous n'avez pas connu les Bibliothèques Rose et Verte ? Qu'importe, entrez (couverts !) ici et faites ce que vous voulez entre les rayons, ne soyez pas sages ...

 


Christophe AVELINE, L'Infidélité : la relation homosexuelle en question,

L'Harmattan, collection Sexualité humaine, 2009, 67 p., bibl., 10,50 €.

 

La fidélité, la monogamie, l'exclusivité sexuelle. Y a-t-il un sujet qui turlupine plus nos esprits que celui-ci ? Toi et ton mec, euh, je veux dire, vous êtes « open » ? Tu ne crois pas que les voisins organisent des touzes ? Ah, un « couple » de mecs, oui enfin « couple, vous me comprenez », ça va ça vient…

Dans notre XXIe siècle occidental où s'affichent libido, libertés conjugales et fast-sex, quelle est la place de la fidélité au sein du couple homosexuel masculin ?

C'est à cette question cruciale que Christophe Aveline apporte de très sérieux éléments de réflexion, dans une prose érudite mais accessible. Son argumentation est solide et efficacement construite. À partir d'une remarque étonnante d'un psychiatre, selon lequel l'infidélité chez les gays a une origine génétique (p. 9), l'auteur mène une étude qui aborde les différents aspects de la fidélité puis de l'infidélité avant de se centrer sur le couple gay et ses différentes façons de vivre à deux… ou plus.

Les éléments sanitaires (sida) et juridiques (pacs) ont un rôle qu'il tente de cerner dans ces relations de couple où l'amour est au centre du débat (p. 49 chapitre Au commencement était l'amour).

Les dernières pages font un sort au prétendu particularisme génétique des homosexuels dont on ne peut que se révolter d'en trouver la place dans le raisonnement d'un professionnel de l'écoute diplômé de médecine.

Avec l'intention de montrer que la fidélité est un modèle raisonnable pour le couple gay, Christophe Aveline ne fait aucun prosélytisme mais présente une intelligente argumentation à tous ceux qui pensent ou vivent différemment leur couple, sans donner de leçons à personne.

Reposant sur une solide culture littéraire et scientifique, avec des sources que ce libraire passionné cite pour étayer son raisonnement, ce petit livre ouvre brillamment les pistes d'une réflexion qui interpelle chacun.

 

INTERVIEW DE CHRISTOPHE AVELINE

 

Les Toiles Roses : Bonjour Christophe et merci de nous accorder quelques instants à l'occasion de la sortie de ton livre. Pourrais-tu d'abord te présenter ? Écrivain, poète ou libraire ?

Christophe Aveline : Qu’ils sont loin mes rêves de jeunesse ! Où je m'imaginais en avocat de la veuve et de l'orphelin, en juge impartial plaidant, robe noire ou rouge agitée par la passion de la cause, le bras droit levé au ciel comme pour en appeler à une force céleste plus compétente, et bras droit sur le cœur. Non rien de tout cela, je suis libraire plaidant avec passion, la cause des livres.

 

Le texte ne se suffit-il pas à lui-même ?

Même si l'auteur est le mieux placé pour défendre son œuvre, il faut encore et encore des tas d'intermédiaires pour renforcer l'idée que le livre mérite d'être lu. Le libraire est-il compétent pour le faire, lui qui n'a pas de diplôme, lui qui agace l'éditeur parce qu'encore indispensable mais ne se résumant a ses yeux qu'à un intermédiaire coûteux ! Le libraire plutôt manutentionnaire, balayeur, livreur voilà ma réalité, ma souffrance ,ma vie commencée le 7 janvier 1989 à Paris XIIIe dans une librairie achetée quelques jours avant, Le Cerf volant, aujourd'hui disparue dans des circonstances très tristes.

 

Était-ce le simple fait du hasard ?

Non pas vraiment, ce métier était une sorte de tradition familiale. Comme les autres, je n'avais pas cette vocation à devenir libraire, les circonstances bonnes et mauvaises de la vie m'y ont conduit... Le reste, la volonté de servir le livre, les auteurs et les éditeurs, tout cela est arrive petit à petit...

 

Tu as donc dû vivre de grands moments ?

Combien de rencontres riches et émouvantes ! Un chapelet ininterrompu de talents, des journées parisiennes aussi pleines que celles de ma vie de province sont vides ! C'était la visite de Daniel Pennac, de Jean-Claude Barreau, du génial et dernier grand critique de théâtre Gilbert Chateau (critique à la NRF et au Petit journal de la comédie Française) ami génial et regretté chaque jour depuis sa disparition, Jean-Claude Eslin, Charles Ficat, Véroniqe Nahoum-Grappe l'historienne, Daniel Cohen l'éditeur, l'impressionnant Jérôme Lindon fondateur des Éditions de Minuit : un chapelet ininterrompu de talents. Les conversations allaient bon train. J'aimais à dire le plaisir éprouvé à la lecture du seul et unique livre de Claude Chevreuil sur Giorgione, mon goût pour les livres de Xavier Pattier, le plaisir jamais émoussé à la lecture de Julien Gracq, de Sénèque, de la découverte de En l'absence des hommes de Philippe Besson, Le Clézio, Woodehouse, Zweig, Schnitzler et Paul Auster... Mon goût pour l'histoire de l'art, la théologie et la musique trouvèrent au milieu des publications qui arrivaient chaque jour à se satisfaire.

 

Le Cerf volant avait un lien particulier à la musique dont se souviennent peut-être certains de nos lecteurs !

La musique fut en effet un moment de la vie de cette librairie, devenant une fois la nuit tombée et le rideau levé sur une petite scène pour les musiciens qui acceptèrent de s'y produire, un nouveau lieu d'expression. Ce cabaret qui accueillit entre autres Luce Klein ou Michel Dintrich le guitariste...

 

Et de tout ce cocktail d'expériences, tu en es arrivé à l'écriture ?

Oui bien sûr, à force de lire et de fréquenter des bons textes, les yeux et les oreilles s'éduquent, la main se discipline, il doit en rester quelque chose ! J'ai éprouvé le besoin d'écrire. Le plaisir d'écrire un roman, un essai, une nouvelle, une critique est proche, voire identique. Toujours la même volonté de chercher et trouver le mot juste traduisant tant que faire se peut au mieux la pensée, trouver l'image qui frappera, imprimera sa trace dans les esprits et les cœurs. L'essai ne repousse pas l'art littéraire au fond, bien au contraire : ce qui se conçoit bien s'énonce clairement ! Il n'existe ni nouvelle ni ancienne écriture sauf dans les laboratoires à titre expérimental mais une bonne et une mauvaise littérature.

 

Mais tu es aussi poète !

La poésie révèle à son auteur un procédé créatif bien différent. À titre personnel, je n'ai pas pu résister à son amicale pression qui vous prend n'importe où et qui exige d'être soulagée immédiatement sous peine de débordements intérieurs dommageables. Donc une écriture automatique émanant d'une conscience inspirée et éduquée avec des mots choisis dans une mécanique d'imprimerie assez peu contrôlable. Les mots, les sons se mettent à chanter, à s'ordonner, à transcrire les pulsions intérieures les moins dicibles. Puis arrive le temps d'après, celui que je consacre au travail de polissage, d'écrémage, de démolition, de reconstruction...

 

Ton essai sur la fidélité dans le couple homosexuel est dans l'air du temps, le mensuel Têtu de novembre consacre un dossier (1) à ce sujet et toi tu fais un intéressant tour de la question. Verrais-tu, en tant que libraire, ton propre livre dans un rayon de librairie spécifiquement gay ?

Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de créer un rayon homo mais il est souhaitable de trouver des romans, des essais sur le thème de l'homosexualité. Les auteurs ne souhaitent pas être identifiés en raison de la spécificité du thème, appréciés pour cela mais tout simplement parce qu'ils écrivent bien et qu'ils ont des choses intéressantes à dire !

 

Ton essai a pour point de départ le raccourci cinglant d'un psy affirmant que les homosexuels n'ont pas la possibilité d'être fidèles…

Il existe me semble-t-il une association des médecins gays (2) qui doit en principe être avertie et sensibilisée aux questions liées à l'homosexualité. Pour les psys, c'est très particulier car il existe un paradoxe que j'ai du mal à comprendre. À Paris tout du moins, car en province il n'y a pas d'homo c'est différent !!!! La clientèle des homos chez les psys est importante, or ils semblent peu enclins à bien les entendre, ils ne les apprécient guère sauf pour toucher les honoraires… c'est étrange.

 

Donc une mésentente parisienne entre les psys et leurs patients gays ? Je peux te dire qu'au fond de ma province, j'ai eu des expériences assez positives !

Je ne crois pas que les psys soient suffisamment à l'écoute ni formés pour bien soigner les homos en souffrance. Pour ce qui me concerne, je dois dire et répéter que j'ai eu une chance inouïe avec beaucoup des personnels de santé que j'ai rencontrés, notamment un psychiatre (Paris XVI) et un médecin généraliste qui a su mieux me parler des questions d'homosexualité que n'importe lequel des dits spécialistes : c'est donc comme souvent une question d'âme !

 

Merci à l'âme que tu as mise au service de ta plume dans ton essai et de ton verbe au cours de cette discussion !

 

(1) Têtu n° 149, novembre 2009, p. 114-116, Christophe Bougnot, Couple fidèle ou couple libre ?

(2) Association des Médecins Gays : http://www.medecins-gays.com/


Note de Daniel C. Hall : Si les éditeurs ou les auteurs (auto-édités ou non) souhaitent envoyer un service de presse à Gérard en vue d’une critique sur ce blog, merci de prendre contact avec le chef Daniel C. Hall qui vous communiquera ses coordonnées : lestoilesroses@hotmail.fr.


TO BE CONTINUED…


L'auteur :
Née en 1967 à La Nouvelle-Orléans, récompensée en 1994 par le British Fantasy Award, Poppy Z. Brite fait figure de chef de file d'une nouvelle génération d'auteurs entre littérature underground et terreur. Son oeuvre provocatrice dévoile la réalité froide et crue d'une société puritaine à la dérive.
L'avis de Stéphanie Nicot :
« Nous attachions leurs poignets et leurs chevilles avec des dentelles noires, nous lubrifiions et pénétrions leurs moindres orifices, nous leur procurions des plaisirs qui leur faisaient honte. Je me souviens de Félicia, une beauté aux cheveux mauves, qui parvint à un orgasme sanglotant, sauvage, grâce à la langue râpeuse d'un chien errant ». Dès les premières lignes de « Sa bouche aura le goût de la fée verte » (Allusion à l'absinthe chère à nos Rimbaud et Verlaine), on devine que rien, ou presque, ne nous sera épargné. On se convainc également que les antiennes sur l'écriture « féminine » et autres sottises sexistes ne résistent pas une seconde à la lecture des nouvelles de Poppy Z. Brite.
Inutile de dire que le fantastique de Brite a très peu à voir avec les bluettes surannées, sans âme, en un mot inoffensives qui font crouler les rayonnages des éditeurs de littérature générale, ce fantastique des familles qu'on étudie dans les meilleurs lycées, qui ne dérange pas les partisans de l'ordre moral, qui ne trouble ni les critiques, ni les lecteurs.
Avec Poppy Z. Brite, Eros et Thanatos célèbrent leurs sombres noces à chaque page, poussant chaque fois un peu plus loin les limites du dicible. L'auteur des Contes de la fée verte renoue sur le plan des thèmes avec la grande tradition du fantastique du XIXe siècle (Poe, Gautier, James qui évoquent sous le masque des histoires de revenants et de vampires les pires horreurs sexuelles...) tout en injectant dans sa prose les stigmates de la modernité (surpopulation, violence de masse, ravages de la drogue).
Comme le souligne Dan Simmons, dans une préface chaleureuse, il s'agit d'une œuvre au contenu « brillant, ténébreux, infiniment tragique et extraordinairement juste », une œuvre qui parle « de sexe et de décomposition, des extrêmes ténébreux de l'amour où violence et passion se confondent. » : les abîmes de la gémellité (Anges), la peur inconsciente de la féminité (Xénophobie), la mort d'un enfant (Paternité), les affres de la jalousie et de l'amour (Cendres du souvenir, poussière du désir)...
On soulignera que certains des récits les plus brutaux et les plus désespérés ont été écrits par une gamine de vingt ans et on se demandera quelles douleurs secrètes produisent une littérature aussi personnelle, aussi puissante, aussi radicale : « II me tendra les bras, m'invitera à reposer avec lui dans son lit grouillant de vers ».

Pour plus d'informations :
Disponible chez Denoël (France)
Site de Poppy Z. Brite (anglais)


L'auteur :
Née en 1967 à La Nouvelle-Orléans, récompensée en 1994 par le British Fantasy Award, Poppy Z. Brite fait figure de chef de file d'une nouvelle génération d'auteurs entre littérature underground et terreur. Son oeuvre provocatrice dévoile la réalité froide et crue d'une société puritaine à la dérive.
L'avis de Org :
« Les Beatles étaient devenus plus populaires que le Christ ». Cette phrase a été prononcée par John Lennon en 1966. Bon. Maintenant, imaginez que les deux piliers, les vrais moteurs de ce groupe « plus populaire que le Christ », aient été gays. Cela aurait il un tant soit peu changé le monde ? Tel est le postulat de départ de Plastic Jesus. Et autant vous le dire tout de suite, d'après Poppy Brite, la réponse à la question posée est bien évidemment oui... Donc, John et Paul (ils ont un autre nom et leur groupe ne s'appelle pas les Beatles, mais il s'agit bien d'eux), sont gays. Et John (en fait, sont nom c'est Seth, dans le bouquin) meurt le corps truffé de balles — cinq, pour être précis. Paul (son nom à lui, c'est Peyton), fou de douleur, va voir le psychanalyste de John/Seth, un vrai fan de leur groupe ayant lui-même assumé son homosexualité grâce aux deux rock-stars. Paul veut rencontrer Ray Brinker, l'assassin de John, et pense que le psychanalyste devrait pouvoir lui permettre d'accéder au meurtrier. Les deux hommes discutent, et bientôt Paul raconte son histoire, sa rencontre avec John, la formation du groupe, sa vie amoureuse...
Plastic Jesus n'est pas un mauvais livre. Ce n'est pas non plus, loin s'en faut, le chef-d'œuvre de Poppy Brite. Le texte est court (100 pages, le reste du volume étant meublé par une introduction, des illustrations hideuses de l'auteure, une interview ainsi qu'une sorte d'essai fictionnel tiré de Coupable, recueil d'essais abscons de Brite publié aussi Au diable vauvert). En fait, il s'agit davantage d'une novella que d'un roman. Brite y fait preuve de son habituelle sensibilité, de sa justesse de ton et de son style simple, nerveux. Si ses motifs centraux demeurent inchangés (l'amour, le sexe et ses orientations, le rock, la créativité, etc.), on notera toutefois qu'on retrouve ici l'auteure d'Âmes perdues non seulement débarrassée de son appareillage gothique habituel (fantôme, vampire et magie), mais aussi du cadre classique de ses bouquins (principalement la Nouvelle Orléans et la Louisiane). De fait, Plastic Jesus tient davantage de la littérature générale que de la littérature de genre. Voici donc un livre d'une auteure dont le talent n'est plus à prouver mais qui vaut surtout par la dimension (direction ?) nouvelle qu'il donne à son œuvre.
Pour plus d'informations :
Disponible au Diable Vauvert (France)
Première publication & autorisation de la revue Bifrost
Site de Poppy Z. Brite (anglais)



L'auteur :
Née en 1967 à La Nouvelle-Orléans, récompensée en 1994 par le British Fantasy Award, Poppy Z. Brite fait figure de chef de file d'une nouvelle génération d'auteurs entre littérature underground et terreur. Son oeuvre provocatrice dévoile la réalité froide et crue d'une société puritaine à la dérive.

L'avis de Olivier P. :
Poppy Z. Brite était considérée comme l'icône d'une littérature glam-trash gothique, placée sous le patronage sexe, drogue et rock'n'roll. Toujours aux environs de la Nouvelle-Orléans, son univers bariolé mettait en scène tour à tour des vampires, des serial killer et presque systématiquement des personnages gays. A travers ses nouvelles et ses romans passés, elle avait provoqué de violentes polémiques, certains trouvant ses œuvres trop extrêmes, et/ou trop racoleuses. Elle avait cependant un bon nombre de défenseurs, qui reconnaissaient les justes qualités de son œuvre, que nous apprécions et défendions sur le blog.
Depuis quelques années, Poppy semble prendre un virage à 180°. Finis la violence et la drogue à outrance, le sm trash et le fantastique gore. Toujours portée sur l'homosexualité, elle apparait ici plus sensible, plus introspective aussi. Petite cuisine du diable, son nouveau recueil de nouvelles, marque de façon nette ce basculement a priori irrémédiable. Que ses fans se rassurent, nouvelle orientation ne veut pas dire perte de talent. Bien au contraire. On y retrouve, bien sûr la Nouvelle-Orléans, et son quartier gay. Mais dépouillé des oripeaux du vampirisme, des tueurs en série impitoyables, et de toute sa faune gothique.
Petite cuisine... s'ouvre sur une préface qui explique la genèse de ce recueil, véritable clé de voûte de la mutation de l'auteur. Avant de parler des textes, où l'homosexualité est comme toujours centrale, je voudrais dire que ce recueil est tout simplement ce que Poppy a écrit de meilleur. Différent, plus sensible et introspectif, ce recueil annonce une nouvelle Poppy, enfin arrivée à sa maturité.
Si la plupart des textes tournent autour de l'homosexualité, ou comportent des personnages homosexuels, certains n'en parlent pas. Heureusement, ce sont souvent les meilleurs qui parlent d'homosexualité, sujet que Poppy maîtrise ici à merveille, comme jamais. Tout commence avec le superbe "Rien de lui ne s'étiole", titre magnifique pour texte sublime, sur l'amour de deux êtres condamnés, qui sauront transcender la mort par l'amour. D'une rare sensibilité, ce texte est l'un des plus beaux jamais écrits sur l'homosexualité. Rien de fantastique au sens littéraire, non. Mais une incroyable acuité à sonder l'âme et le corps de ses personnages. "Pansu" est une amusante variation autour de la possession démoniaque, où la femme d'un restaurateur se met à faire des propositions scabreuses à un couple gay. On découvre vite qu'elle est envoûtée, reste alors à l'exorciser, mais comment ? La sensibilité est à nouveau à l'honneur, quoique marginalement, avec "Tout feu tout flammes", histoire d'une mutante écrite en hommage à la BD Hellboy. La marginalité d'une mutante trouve un écho avec le racisme et l'homophobie. "Bayou de la mère", situé en pleine Louisiane, met en scène un couple de restaurateurs partis faire un voyage touristique. La religion et la culpabilité, dont elle sait accabler la sexualité en général et l'homosexualité en particulier, sont les thèmes majeurs de ce texte au fantastique diffus, dont on retrouvera les personnages dans le plus beau texte de ce recueil, "Une saison d'enfer". Ce texte se passe dans le restaurant des deux protagonistes du "Bayou de la mère". Il mettra un jeune face à sa conscience, face à la conscience de son homosexualité. Thème souvent douloureux, traité ici avec une brillante maestria, et l'on a vraiment peine à croire qu'il ne peut être autobiographique, tellement son ton est incroyablement juste. C'est simple, ce texte devrait être obligatoire, car jamais on n'a su, dans l'imaginaire, traiter la prise de conscience de son identité sexuelle avec une telle sensibilité, mais surtout une telle justesse. On devrait d'ailleurs retrouver ces personnages dans le prochain roman de la Poppy, Liquor. Donc, autant le dire, ce roman s'annonce grandiose, tout simplement.
Nous défendions Poppy, nous continuerons à la défendre. Elle peut changer de style, peu nous importe, car elle reste une figure talentueuse et incontournable. Ame gay dans un corps de femme, comme elle aime à se définir, elle signe avec ce recueil une brillante introspection dans l'âme gay, avec une sensibilité et une maîtrise nouvelles, qui font de ce recueil un superbe cadeau.
Pour plus d'informations :
Disponible au Diable Vauvert (France)
Site de Poppy Z. Brite (anglais)


L'auteur :

Née en 1967 à La Nouvelle-Orléans, récompensée en 1994 par le British Fantasy Award, Poppy Z. Brite fait figure de chef de file d'une nouvelle génération d'auteurs entre littérature underground et terreur. Son oeuvre provocatrice dévoile la réalité froide et crue d'une société puritaine à la dérive.
L'avis de Robert Wagner :
Zach est un jeune hacker de La Nouvelle-Orléans qui vit de ses exploits de pirate informatique, une vie ponctuée d'aventures sans lendemain et dominée par la peur de s'engager dans une véritable relation amoureuse. Mais sa vie va être un peu bousculée lorsqu'il apprend que le FBI l'a repéré et vient l'arrêter. Il prend la fuite, sans trop savoir où aller. Trevor a vingt-cinq ans et revient dans la ville de Missing Mile où son père, Bobby McGee, un dessinateur de BD underground, a massacré sa femme Rosenna et le frère cadet de Trevor, Didi, à coups de marteau vingt ans plus tôt. Trevor revient à Missing Mile parce qu'il veut comprendre ce qui a conduit son père à de telles extrémités et surtout pourquoi, lui, Trevor, a été épargné. Les trajectoires de Trevor et Zach vont se croiser à Missing Mile pour le meilleur et pour le pire.
Sang d'encre témoigne une nouvelle fois (après Âmes perdues, chez le même éditeur) de l'habileté diabolique de Poppy Z. Brite dans la construction de personnages de chair, de sang et d'émotions. Les aventures de Trevor et Zach sont la preuve que l'on peut maîtriser la littérature de terreur sans faire appel aux clichés qui l'ont affaiblie ces dernières années — d'ailleurs, quand Zach voit dans un miroir une version en pleine décomposition de lui-même, sa réaction pourrait être celle de tous les lecteurs fatigués par ces clichés : « Zach fut pris d'une soudaine bouffée de rage. Qu'est-ce que c'était que ce truc blanc ? Des asticots ? Du pus ? Encore du sperme ? Mais qu'est-ce que c'était que ce Grand-Guignol à intention moralisatrice ? » Les intentions de Brite ne sont certes pas moralisatrices. Elle ne juge pas, elle décrit avec précision et sensibilité et mieux encore, elle permet au lecteur de comprendre et de ressentir de l'empathie pour ses personnages. Ni anges, ni démons, ils sont humains et on en vient à aimer même leurs défauts pour cela.
Poppy Z. Brite est aussi l'auteur qui a su le mieux saisir le lourd héritage de la génération issue des années 60. Zach contemple une photographie sur un emballage de brosse à dents : « Une photo montrait la famille idéale, le père, la mère, la fille et le fils, tous dotés d'un sourire étincelant — et sans doute des plus hygiéniques. Qu'étaient donc devenus ces visages typiques des années cinquante, se demanda Zach, ces icônes innocentes de la publicité d'après-guerre, ces archétypes made in America » et Trevor lui répond : « Les sixties sont arrivées et leur ont défoncé le crâne. » Et toutes les valeurs traditionnelles de l'Amérique ont été désintégrées dans la conflagration, en premier lieu la plus sacrée d'entre elles, la famille.
Les personnages de Poppy Z. Brite se cherchent tous une famille que le modèle nucléaire ne leur donne plus. Alors qu'il tient Zach dans ses bras, Trevor songe : « Tu es venu ici à la recherche de ta famille. Peut-être as-tu commis l'erreur de supposer qu'elle était composée de Bobby, de Rosenna et de Didi. Kinsey et Terry t'ont accueilli à bras ouverts, t'ont manifesté plus de tendresse que tu n'en avais jamais connu. Et qui tiens-tu dans tes bras sinon un membre de ta famille ? »
Sang d'encre est le roman sidérant d'humanité et de maturité d'un écrivain de trente-deux ans qui n'a pas fini de nous émouvoir et de nous étonner.
Pour plus d'informations :
Disponible chez Albin Michel et J'ai Lu (France).
Site de Poppy Z. Brite (en anglais).
Bibliographie française de Poppy Z. Brite.

L'auteur :

Née en 1967 à La Nouvelle-Orléans, récompensée en 1994 par le British Fantasy Award, Poppy Z. Brite fait figure de chef de file d'une nouvelle génération d'auteurs entre littérature underground et terreur. Son oeuvre provocatrice dévoile la réalité froide et crue d'une société puritaine à la dérive.
L'avis de Daniel C. Hall :
Refusé, censuré, interdit dans certaines librairies et bibliothèques, présenté par certains critiques comme un livre dangereux, Le Corps exquis est précédé d'une réputation scandaleuse telle que l'on n'en avait plus vue depuis le roman American Psycho de Breat Easton Ellis.
Histoire d'amour entre Andrew Compton et Jay Byrne, deux tueurs en série, cannibales et nécrophiles, Le Corps exquis explore les tréfonds de cette incroyable liaison, les aspects les moins reluisants de la maladie et de la mort ainsi que les affres de la condition de victime. Rythmé par les délires de Lush Rimbaud, un animateur de radio-pirate en train de mourir du sida, et dont le but ultime est de semer le désordre dans le statu quo ambiant, le roman oblige le lecteur à pénétrer dans l'esprit d'un psychopathe et à expérimenter cet univers effroyable. Une expérience fascinante, révoltante, douloureuse car les tueurs en série ne sont pas des monstres à l'esprit insondable mais des êtres humains, de nouveaux prédateurs. Mais ce qui est le plus troublant, le plus déstabilisant, c'est cette lueur d'humanité qui nous oblige à passer outre les descriptions cliniques des actes les plus révoltants pour découvrir, avec stupeur et horreur, que Jay et Andrew s'aiment et que cet amour, incompréhensible et pourtant tellement beau, total et destructeur, aveugle et dangereux, nous touche. Parce que nous rêvons tous d'éprouver un jour cette passion absolue, ce sentiment exaltant d'avoir trouver son alter ego, de ne plus avoir à réfléchir sur les limites — physiques et morales — de ce lien, de pouvoir aller jusqu'au bout... jusqu'à la mort... ensembles.
Beau de par sa nature détestable même, Le Corps exquis est un voyage sans concession dans les recoins les plus sombres et les plus secrets de l'esprit humain. Puissant, il fascine non par sa violence mais par les réactions qu'elle engendre. Et passé le malaise initial, ce qui choque véritablement le lecteur n'est pas le regard clinique et explicite de l'auteur sur les crimes et les liens de ses personnages mais le réalisme et la concevabilité d'un tel duo dans notre quotidien. Sans jamais approuver ou condamner, Poppy Z. Brite nous place en position d'arbitre face à cette histoire sans concession, mais pouvons-nous juger ? En avons-nous le droit et les moyens ?
Le Corps exquis est un roman inclassable, un brûlot, un supplice pour le lecteur. Il est l'œuvre d'un écrivain dont l'écriture n'a cessé de progresser et de mûrir. Il est sans aucun doute l'une des plus grandes réussites au rayon des fictions consacrées aux psychopathes, un chef d'œuvre de la culture underground, le magnus opus de Brite. Mais peut-on l'aimer ?
Pour plus d'informations :
Disponible chez J'ai Lu (France).
Site de Poppy Z. Brite (en anglais).
Bibliographie française de Poppy Z. Brite.


Le Père Docu s'appelle Gérard Coudougnan, il est né en 1962 et a pour qualification « enseignant-documentaliste », vous savez la dame qui râle au C.D.I. (centre de documentation et d'information) : c'est lui. Pour des raisons indépendantes de sa volonté, il est en ce moment éloigné de son lieu de travail habituel mais a toujours un C.D.I. (contrat à durée indéterminée) avec les bouquins pour qui il a une vraie A.L.D. (affection de longue durée).

Au hasard de ses lectures, il a croisé Marc-Jean Filaire puis Môssieur Daniel C. Hall (« The Boss ») qui lui a proposé de regrouper ici quelques « recensions » d'ouvrages à thématique LGBT.

Toute remarque, toute suggestion sera la bienvenue. Les avis, sous forme de commentaires, pour échanger des points de vue encore plus !

La bibliothèque rose est ouverte… vous avez lu Le Club des Cinq d'Enid Blyton ? Claude, le « garçon manqué » est peut-être alors votre première rencontre avec une petite lesbienne ou une future transgenre ? Ah bon, vous n'avez pas connu les Bibliothèques Rose et Verte ? Qu'importe, entrez (couverts !) ici et faites ce que vous voulez entre les rayons, ne soyez pas sages ...

 


Yvan QUINTIN, Mythologie gaiement racontée, illustrations de Hames STEINERT, ErosOnyx Editions, 2009, 110 pages.

Les amours grecques, vous connaissez, bien sûr. Vous souvenez-vous de ce que vous en avez appris en sixième, année où l'antiquité grecque est au programme ? Un souvenir flou peut-être, un homme nu en rouge sur le fond noir d'un vase, avec un sexe de petite taille mais visible... On vous a peut-être parlé de l'enlèvement de Ganymède. Rien de bien précis, et pourtant il y avait bien ce groupe de « grands » qui jouaient les durs en ricanant « les Grecs ? Tous des pédés !!! ».

Et puis, pour ceux qui ont poursuivi de leur propre initiative et dans leur coin, répondant à des interrogations plus intimes, les lectures plus approfondies. Le Banquet de Platon a pu redevenir centre d'intérêt en Terminale en philosophie et faire le lien avec la Moitié d'orange (1) de Jean-Louis Bory...

Yvan Quintin est un helléniste, un professeur de grec qui a publié plusieurs livres « classiques » sur la Grèce et ses penseurs. Devenu fondateur et directeur d'ErosOnyx Editions, il vient de publier un ouvrage de référence sur la mythologie grecque, avec une introduction, un glossaire et une liste des sources très complets.

Après des siècles de maquillage hétéronormatif (dont Louis-Georges Tin (2) a récemment fait le thème central d'une brillante étude), Yvan Quintin a effectué un retour aux sources des textes antiques. Rassemblant divers auteurs autour du sujet des amours masculines, il offre une série de contes où les garçons ont le comportement habituel des Grecs de l'Antiquité avec la touche de rêve et de magie qu'autorisent les contes.

Ce sont donc seize petits récits très gays où les amours sont divines, les plaisirs décrits sans pudeur, les rivalités et l'ambition apportant une tension narrative à ces jeunes gens à la beauté divine. Hannes Steinert a su répondre au défi d'actualiser l'illustration antique : dans un style graphique qui a su reprendre et mettre au goût du jour (pour les Grecs anciens, un beau pénis était de petite taille : Steinert a gonflé les engins !) les canons helléniques (3), il offre au lecteur des images simples, harmonieuses et efficaces des récits savamment mythonés par Yvan Quintin dans des vases anciens où Ovide, Virgile, Euripide racontent la saveur des amours viriles dont tant de siècles de civilisation judéo-chrétienne n'ont heureusement pas réussi à faire disparaître la force érotique.

C'est une véritable œuvre de salut public qu'il faut saluer ici dans un livre que l'on peut lire d'une seule traite ou garder à portée de main pour y picorer au hasard quelques minutes de lecture roborative, subtile et dépaysante.

 

(1) Jean-Louis BORY, Ma Moitié d'orange, préface de Dominique FERNANDEZ, H&O - poche, 2005, 125 p.

(2) cf la cinquième recension de http://www.lestoilesroses.net/article-29701813.html

(3) Très intéressant dossier Le Corps mis à nu : des Grecs aux naturistes dans L'Histoire n° 345, septembre 2009 p. 46 à 69.

POUR EN SAVOIR PLUS :

Une critique de ce livre : http://www.infoculture.ca/?page=6&view=2νmero=12610

Hannes Steinert : oeuvres diverses :

http://images.google.fr/images?rlz=1C1GGLS_frFR320FR320&sourceid=chrome&q=Hannes%20Steinert&um=1&ie=UTF-8&sa=N&hl=fr&tab=wi

Biographie d'Yvan Quintin :

Yvan Quintin a longtemps enseigné les lettres. Après des ouvrages scolaires et universitaires, il a préféré se consacrer à l'écriture littéraire, à la fiction. Il ne récuse pas l'étiquette d'auteur de nouvelles érotiques, la littérature érotique ayant aussi à ses yeux ses lettres de noblesse. Il a publié en 2001 L'odeur du buis, roman (Editions La Bruyère), et en 2005 Amours grecques (Publications orientalistes de France), traduction du grec ancien de pièces érotiques en l'honneur des garçons, appartenant à l'Anthologie palatine.

 


Renée VIVIEN, Etudes et Préludes, Cendres et Poussières, Sapho, ErosOnyx Editions, 2007, 140 p.

Nos lectrices sont certainement plus nombreuses que nos lecteurs (y compris le Père Docu) à connaître et à apprécier Pauline Mary Tarn (1877-1909), poétesse surnommée « la fille de Sapho et de Baudelaire ».

Son œuvre a marqué des générations tout au long du XXe siècle et ErosOnyx va prochainement collaborer avec l'Ulip (University of London in Paris) à un grand colloque pour attirer l'attention sur une femme à la stature poétique exceptionnelle.

Voici comment Pierre Lacroix l'évoque dans le deuxième tome de son autobiographie, Homo Pierrot II : Sous les toits de Paris (1)

Vivien, alchimiste de la boue en bijoux, orgie de rythmes et d'enluminures pour que la vie comme la mort soient grises d'extases, pâles sœurs des Kitharèdes et des Orphées qui savent qu'il faut mourir seuls après le fugace embarquement à deux pour Cythère, sentir l'épine après la fleur et se soûler, se soûler, se soûler de tous ses vers tressés, de tout ce qui peut soûler la chair et les songes pour passer l'heure noire, faire pardonner le crime de la vie et noyer enfin, au moment d'en finir, ses amours pourries et sa chair exsangue entre les violettes bleues des vagues de Lesbos !

À lire Vivien, Pierrot se sentait du même sang lyrique et menacé, du même sang violet d'amour grec et de rouge tailladé. (p. 18).

Les trois recueils ici réunis en un seul bel ouvrage sont mis en perspective par des introductions qui situent chacun d'entre eux dans la vie et l'œuvre de Renée Vivien, qui doit revivre sous plusieurs manières : un colloque à Paris en novembre pour les cent ans de sa mort et la publication de deux nouvelles éditions (chez ErosOnyx, bien sûr) de Sapho et de Poèmes : 1901-1910.

 

(1) recensé précédemment ici http://www.lestoilesroses.net/article-33227040.html

POUR EN SAVOIR PLUS :

Nicole G. Albert, spécialiste de Vivien, a aussi publié en juin un ouvrage collectif sous sa direction : Renée Vivien, une femme à rebours - Etude pour un centenaire, Orizons, 2009.

Le site de Renée Vivien : http://www.reneevivien.com/

Fiche biographique wiki : http://fr.wikipedia.org/wiki/Renée_Vivien

 

 

INTERVIEW D’YVAN QUINTIN

 


Yvan Quintin, bonjour et merci d'avoir accepté de nous accorder un peu de temps qui doit être compté quand on dirige une maison d'édition, même si votre attaché de presse Clément Marie l'appelle joliment une « maisonnette d'éditions ».

En complément de la recension de votre dernière publication, Mythologie gayment racontée, figure une courte biographie. Souhaitez-vous y ajouter des compléments ?

Y. Q. : Pas spécialement. Je tiens d'abord à vous remercier de vous intéresser à ErosOnyx et à son "patron" comme vous le dites, bien que notre aventure éditoriale soit collective – même réduite en nombre de personnes, et qu'aucune décision ne soit jamais prise par une seule d'entre elles, sauf urgence. Mais le cas ne s'est pas encore présenté.

 

De votre expérience d'enseignant, avez-vous un ressenti de frustration face à la machinerie hétéronormative qui écrase, efface, transforme la réalité des amours grecques ?

Oui et non. Oui, parce qu'on ne peut jamais devant des élèves aborder à brûle pourpoint une ou des questions d'ordre sexuel, parce que, implicitement, quand on étudie tel ou tel auteur c'est la lecture et la réflexion hétéronormatives qui l'emportent, c'est vrai. Mais pas de frustration hétéronormative, toutefois, dans la mesure où la liberté d'esprit propre à un professeur et sa liberté pédagogique qui est et doit rester entière (sans qu'elle relève d'un prosélytisme gay ou d'une obsession sexuelle, bien entendu) doivent lui permettre de dire les choses comme elles sont ou comme elles étaient. Par exemple forcer le trait, dans le sens homosexuel, au sujet de l'amitié entre Montaigne et La Boétie ne convient sans doute pas, mais laisser planer le doute, faire entendre que peut-être... mais pas sûr..., faire comprendre que l'amitié entre deux hommes ne ressemblait pas à ce qu'elle peut être à notre époque (de même que les liens conjugaux d'alors ne ressemblaient pas à ceux de notre temps), était tout à fait permis quand j'enseignais. Du moins, je n'ai jamais eu à me plaindre d'une quelconque censure. En revanche, parler clairement et explicitement des rapports de Verlaine et de Rimbaud, des goûts de Montherlant, de la liberté critique de Diderot, de la vie et des œuvres de Genet, révéler à de grands adolescents la beauté des Nourritures terrestres ou l'audace de Gide avec Corydon relève tout à fait de cette liberté d'esprit et de la liberté pédagogique que je mentionnais. Tout comme dans les cours de grec s'attarder sur l'amitié si dense d'Achille et de Patrocle, sur le personnage d'Orphée dont la tradition réduit la vie à sa relation à Eurydice... Mais là-dessus, je vous renvoie à un livre bientôt dans le commerce.

Je me souviens très bien des réactions suscitées dans mon cours de latin quand, avec des élèves de prépa il est vrai, j'ai abordé les mœurs d'Antoine (vous savez, celui d'Antoine et Cléopâtre !) dénoncées par notre grand (et si prude) Cicéron. Il a été marié, le cher Antoine et à un homme en plus, quand il était jeune. Marié à un dénommé Curion par « un mariage stable et régulier » dit Cicéron ! Et le poète Catulle, donc ! Il n'y va pas de main morte, c'est le cas de le dire, pour invectiver un adversaire. Là où nous disons « Va te faire enc... », les Romains, eux, disaient « Je te jouirai dans la bouche ». Certains parmi mes élèves étaient un peu choquées, m'a-t-on dit, parmi les filles, paraît-il.

Je ne sais si mon cas est généralisable, bien sûr, et je ne le crois même pas, puisqu'un de mes jeunes collègues, parlant des rapports de Néron et d'Agrippine et des traces laissées par le fils dans la litière de sa mère, s'est fait taper sur les doigts par son proviseur, sur plainte de parents. Et c'était au lycée Louis-le-Grand !

L'idée d'introduire la sexualité dans l'Education nationale a dû m'habiter bien des années avant, quand j'ai appartenu à une association (disparue depuis longtemps) dénommée AGLAE (association gay et lesbienne autonome d'enseignants – autonome pour expliciter notre indépendance de tout autre mouvement) qui malheureusement n'a pas abouti. L'entreprise se poursuit sous d'autres formes, je crois, et tant mieux, grâce à des enseignants déterminés. Je n'en sais pas davantage.

 


À l'opposé, de nombreux auteurs, historiens et hellénistes ont fixé les limites de cette homosexualité aux frontières assez strictes (éraste et éromène) qui font qu'il est délicat de comparer les évolutions actuelles avec une antiquité aux codes tellement différents....

La sexualité a toujours été la sexualité, la nudité a toujours été la nudité... Vous citez fort justement le numéro d'Histoire sur ce sujet. Ce sont les modalités de l'une comme de l'autre qui changent d'une époque, d'une civilisation à l'autre. Mais ce qui reste vrai, cependant, c'est que les Anciens faisaient moins d'histoires à propos des rapports entre mâles, jeunes et jeunes, jeunes avec de moins jeunes. Le mariage était une institution jugée nécessaire pour la survie non seulement de l'espèce ou d'un nom, mais aussi de la cité, de la société. Mais il serait abusif, à mon sens, de dire que les rapports entre hommes et femmes excluaient les rapports sexuels entre hommes. Sous quelle forme ? Peu de textes nous le disent explicitement, crûment devrais-je dire. Pourtant jusqu'à la prédominance "totalitaire" du judéo-christianisme (encore que Boswell à ce sujet soit plus nuancé), il n'y avait pas que de jolis éromènes et d'athlétiques érastes pour illustrer les amours grecques. Foucault dit que c'est l'époque moderne qui a inventé le fist fucking. Probable. Mais chaque époque a ses pratiques et le godemiché ne date pas d'aujourd'hui.

 

Votre maisonnette d'éditions fait figure de « petite maison gay dans la prairie auvergnate ». J'aime vous comparer à H&O qui, basée à Montpellier, fait elle aussi un travail d'une incroyable audace en misant sur la très haute qualité. Votre statut associatif fait la différence et pourrait intéresser certains de nos lecteurs qui ont envie d'écrire : pouvez-vous nous donner quelques détails sur l'histoire d'ErosOnyx et sa localisation dans le Cantal ?

La localisation d'ErosOnyx dans le Cantal vient simplement du fait que les premiers "aventuriers" de cette association habitent le Cantal, et aussi d'une rencontre d'idées sur la question de l'édition. J'ajouterai que cette histoire, qui a aujourd’hui deux ans et demi, a été suggérée par la directrice d'une maison d'édition spécialisée dans la littérature orientaliste, elle-même située dans le Cantal.

Créer une maison d'édition qui puisse au moins salarier un individu était et reste impensable. Mais notre but n'est pas de faire du profit, c'est de nous faire plaisir et si l'on écrit soi-même sur le vaste sujet de l'érotisme (gay en priorité), de ne pas envoyer son manuscrit à droite et à gauche, sans jamais recevoir de réponse (nous nous faisons un devoir de répondre dans les trois mois à quiconque nous envoie un texte). Le but aussi est de semer des graines et, par la recherche de textes de qualité (autant que possible), créer des liens entre les gays (et les lesbiennes) qui se reconnaissent, ne se sentent pas seuls dans les livres que nous publions, découvrent un patrimoine à eux etc. Cela n'exclut pas que nous puissions éditer des textes hétéros s'ils glorifient aussi une dimension que nous estimons essentielle dans l'être humain, la sexualité et la relation de chacun avec Eros. C'était particulièrement le cas avec Erotika de Yannis Ritsos.

Avec notre projet d'une publication si possible annuelle, intitulée Des nouvelles d'Eros, nous offrons à qui le veut et partage notre conception sur ce point, l'opportunité de voir publié ce qu'il écrit dans ce sens. Nous ne censurerons rien, du moment que le texte nous paraît avoir une qualité littéraire, une touche personnelle.

Nous voulons en outre que l'objet livre soit lui-même attrayant, beau (papier, couverture à rabats, cahiers cousus à l'ancienne...). Aurillac a une tradition dans l'imprimerie et nous avons la chance d'être toujours judicieusement conseillés par notre imprimeur (qui est une femme).

Malheureusement, le Cantal n'est pas Paris pour ce qui est des relations et des soutiens ! À bien des critiques littéraires nous devons paraître très provinciaux ou peut-être prétentieux, malgré nos titres comme ceux de Vivien, Delarue-Mardrus ou Ritsos... Et il y en aura d'autres !

Il faut ajouter que nous n'avons pas créé ErosOnyx Editions pour le seul public gay et lesbien. Si Les Mots à la Bouche, à Paris, nous soutiennent avec régularité, il y a à Aurillac une excellente librairie qui, sans être gay (je le dis en plaisantant, bien sûr !)  nous soutient aussi chaleureusement. et qui n'est pas du tout effrayée par la thématique de nos publications. Le libraire à qui nous offrons toujours un exemplaire de nos nouveaux livres, nous fait chaque fois un compliment sur leur beauté matérielle. Mythologie gayment racontée lui a ainsi particulièrement plu, mais le Sapho de Vivien aussi. Que dira-t-il donc de notre onzième ouvrage, Poèmes 1901-1910 de Vivien prévu pour novembre ? Je dois reconnaître qu'il peut y avoir eu des ratés. Ainsi de Fleur de chair dont je ne suis pas moi-même très satisfait ... !

 


Quels sont vos liens avec la revue Inverses et l'Association des Amis d'Axieros, dont il sera prochainement question sur Les Toiles Roses ?

Après un service de presse assuré auprès d'Inverses, son directeur de publication a pris contact avec nous pour une collaboration qui, jusqu'à présent, a été fructueuse. Il s'agit de la co-édition de Nos secrètes amours de Lucie Delarue-Mardrus. Nous n'avions pas encore un an d'existence. La direction d'Inverses a dû nous juger assez sérieux pour nous proposer cette collaboration qui pourra et devrait se poursuivre.

 

Tout comme H&O, vous semblez superbement et stupidement ignorés par les grands médias, gays ou généralistes : pensez-vous que votre situation hors des cercles parisiens soit la cause de ce silence ?

Je le pense vraiment, malgré nos efforts et particulièrement ceux de Clément pour joindre de "grands" noms des médias parisiens. Même pas une réponse ! D'où ma réticence personnelle à faire trop d’envois de presse, même à Têtu qui nous ignore superbement. Peut-être, si suivant les conseils de notre premier distributeur (racheté par notre distributeur actuel), nous avions racheté les Editions gaies et lesbiennes, avec leur catalogue, nous serions-nous mieux fait connaître. Je n'en sais rien à vrai dire. Nous ne l'avons pas fait parce que nos lignes éditoriales n'étaient pas du tout les mêmes et, disons-le franchement, parce que nous n'en avions pas (et n'en aurions toujours pas) les moyens !

 

En contrepartie, posséder un livre édité par ErosOnyx donne l'impression d'avoir près de soi un trésor caché. Quels sont, pour ceux qui n'ont pas encore goûté à ce plaisir les moyens d'y accéder (libraires, sites internet ...) ?

Le bouche à oreille, le cadeau fait à un ami, le détour par Les Mots à la Bouche si l'on habite Paris, et je devrais le dire tout d'abord.... en consultant les commentaires critiques avisés comme ceux de Toiles Roses ou de Handigay !

 


Vous avez récemment reçu une aide du Centre National du Livre pour votre publication du livre de Yannis Ritsos, Erotica : je suppose que cela doit avoir la valeur d'une reconnaissance officielle très gratifiante ?

En effet, recevoir le soutien financier du CNL moins de deux ans après notre création, a été un grand encouragement avec, comme vous le dites, la valeur d'une reconnaissance officielle. Nous comptons récidiver !

 

Vous accordez – et ce n'est pas courant – une place quasi équivalente aux amours entre filles et aux thèmes gays. Pourriez-vous nous présenter l'état des lieux du prochain colloque autour de Renée Vivien ?

Je dois ici exprimer ma gratitude à Nicole G. Albert, spécialiste de Vivien, à qui je m'étais ouvert de cette idée de marquer le centenaire de la mort de Renée Vivien. L'idée lui a immédiatement plu et nous avons depuis l'hiver dernier mis en œuvre des efforts communs pour faire aboutir le projet. Le contenu du programme de cette journée du 20 novembre, à savoir « Une femme entre deux siècles » vient de Nicole G. Albert, auteure, sous la direction de qui a été récemment publié un ouvrage collectif intitulé Renée Vivien, une femme à rebours. Oui, Vivien une femme à rebours, c'est bien pourquoi nous nous sommes aussi intéressés à cette poétesse injustement méconnue. Encore que... il semble que son nom revienne peu à peu si l'on en juge par les cinq poèmes d'elle cités dans l'Anthologie de la poésie érotique et décadente (aux Belles Lettres) – elle dont le nom d'ailleurs clôt l'ouvrage – contre un seul d'Anna de Noailles !

 

Il ne me reste plus qu'à vous remercier pour cette si instructive conversation. J'ose espérer que l'on ne nous accusera pas d'avoir parlé comme deux enseignants ! Nous avons cherché à faire partager les plaisirs littéraires et plus généralement humains qu'ErosOnyx s'emploie si bien à proposer au public.

Sans aucun doute, j'aurais bien des choses à ajouter et à vous dire. mais vos questions m'auront déjà permis de bien faire le point sur notre entreprise que nous préférons appeler "aventure". Au nom de notre petite équipe, je veux vous remercier de cette interview.


Note de Daniel C. Hall : Si les éditeurs ou les auteurs (auto-édités ou non) souhaitent envoyer un service de presse à Gérard en vue d’une critique sur ce blog, merci de prendre contact avec le chef Daniel C. Hall qui vous communiquera ses coordonnées : lestoilesroses@hotmail.fr.


TO BE CONTINUED…



par Gérard Coudougnan

       

TF1 n'aura pas eu besoin de Mireille Dumas pour mettre Bas les masques dont elle s'est affublée depuis le début de cette émission qui se voulait d'une audace exceptionnelle et qui s'est achevée en triste mascarade avec la délicieuse formule : « Tout est bien qui finit bien ».

Et pourquoi cela finit-il aussi bien ?

Tout est bien qui finit bien parce que Christopher a pu empocher ses 100 000 € sans que sa virilité ne soit entachée par le moindre geste déplacé de son partenaire. On a vu que l'idée d'un baiser d'Emeric « avec la langue » était vraiment une horreur insurmontable. La même scène « jouée » par un homo style « Cage aux folles » parlant d'un baiser de fille aurait été source de fous rires irrépressibles.



Tout est bien qui finit bien parce qu'Emeric était un comédien (nous l'a-t-on assez rappelé ?), et donc pas un vrai pédé : ouf ! parce que l'émission a dû être un bon moment de franche et virile rigolade durant les soirées du mardi. On imagine bien les commentaires dans les campings : « Oh merde, déjà dix heures, on finit la partie de pétanque et on rentre à la caravane voir le truc des pédés ! ».

Tout est bien qui finit bien parce que TF1 a, dans sa vignette de générique, utilisé le terme de « tolérance ». Il faudrait donc « tolérer » les homos ? Tolérez-vous les blondes, les bossus, les handicapés, les rousses aux yeux noirs ? Si, pour reprendre Claudel, la tolérance, il y a des maisons pour ça, enfermez les pédés dans les saunas, les bars, sex-clubs et saunas gay, gay-ttoïsez le Marais et on n'en parle plus !! Nous ne voulons pas de tolérance, nous existons, comme les autres, point barre. Et ce genre de proclamation à la fausse générosité sirupeuse n'est plus, dans la France du XXIe siècle d'actualité mais totalement rétrograde.



Tout est bien qui finit bien parce que l'équipe de production a, suite au départ du père de Christopher, décidé d'interrompre le tournage. Quel bluff ! Sur quatorze jours de tournage, on a mythonné sept émissions d'environ quarante sept minutes chacune, bourrées de flash-back jusqu'à saturation. Sur un total de 336 heures, quel sacrifice a-t-on fait « par respect pour l'émotion de Christopher » en ne gardant que cinq heures de diffusion ?

Tout est bien qui finit bien parce que Christopher, dans un grand élan d'humour ou de sincérité trouve le mot le plus drôle, le plus juste, le plus pertinent qui convienne en apprenant qu'il a été le jouet d'une « blague » : « enculés ! enculés ! ».

Il ne nous reste que quelques questions :

Que venaient donc faire dans cette galère les deux « références gays », Benjamin et Xavier, en dehors de leur propre promo, d'un cachet et de quelques phrases fatigantes sur le coming-out et de remarques pertinentes sur les tendances suicidaires des jeunes n'osant annoncer (Christopher dit « avouer » mais on ne va pas charger sa barque avec ça !) leur homosexualité ?

Cette émission, c'est à notre avis et depuis le début notre souci permanent, aurait-elle permis à des jeunes homos de mieux avancer dans la perception de leur différence et du partage avec leurs proches ? Quelques parents d'homosexuels m'ont fait part d'appréciations positives qui diminuent la réserve dans laquelle je me cantonne.



Beaucoup de bruit pour pas grand chose :

Une vraie mascarade, un jeu de dupes où l'on aura eu droit à beaucoup de belles larmes d'un garçon en qui la production avait, dès le début semble-t-il, investi cent mille euros qui se sont concrétisés dans un tri de ses attitudes les plus positives.

Une promotion touristique de l'Andalousie qui a dû largement subventionner ce tournage.

Des raccourcis stupides résumant souvent l'homosexualité masculine à l'acceptation d'une part de féminité.

L'idée discutable du caractère sacré et obligatoire d'un coming-out cérémonial : quel intérêt (en dehors des 100 000 € !) d'offrir une telle preuve de confiance à un type aussi borné que le père de Christopher ?

Quelques mises au point graves noyées dans une piscine de bling-bling, même signée (!) par Picasso...

Allez, quand ce genre de bêtise pourra être tourné en Egypte, en Iran, au Sénégal ou en Russie, nous cesserons de jouer les fines gueules.

 

Quelques liens sérieux, au risque, assumé, de nous répéter :

Livre : http://www.ho-editions.com/caddie/description.php?II=68&UID=2009083111113590.4.198.48

Sites de soutien, d'écoute et d'accueil :

http://www.sos-homophobie.org/

http://www.le-refuge.org/

Pour dédramatiser...

http://www.ho-editions.com/caddie/description.php?II=36&UID=2009083111160390.4.198.48

 


Mon Incroyable Fiancé 2,

une fin prévisible et décevante...

Par Lucie Ashley J., 26 ans

 

Mardi dernier, l’aventure de nos compères « amoureux » arriva enfin à sa fin.

L’épisode numéro cinq nous avait promis beaucoup d’émotion et de larmes, mais que nenni. Ces deux derniers épisodes, furent décevants, mais surtout prévisibles.

Au début de l’épisode six, toujours autant surchargé de flash-back redondants, Christopher est en pleurs, après le départ précipité et trop silencieux de son père, dans les bras de sa mère qui accepte contrairement à son ex mari, la prétendue homosexualité de son fils.

On s’attend à tort à une émotion intense, vu que la voix off prétend que celui-ci était si perturbé qu’ils ont dû arrêter la production de l’émission. Pas très longtemps d’ailleurs, vu qu’on n’hésite pas à aller réveiller Christopher le lendemain matin.

À partir de là, soit moins de dix minutes après le début de l’émission, il n’y a déjà plus de suspense. La voix off nous dit d’ailleurs que depuis la veille son père ne souhaite plus participer à l’émission, donc en tant que téléspectateurs, nous savons déjà que Christopher a perdu son pari.



Petite remarque intéressante, la voix off aurait-elle fumé un peu trop le calumet, car lors du départ de Jean-Michel, le père de Christopher, elle nous annonce qu’ils auraient informé les parents de celui-ci qu’il aurait menti pour gagner 100 000 euros. La production ne respecterait-elle même plus ses propres règles en leur révélant cette information ? Ben apparemment, non.

Dernière minute de l’émission, Christopher et Emeric sont coachés par notre experte fashionistique Benjamin Bove, qui apprend même au premier à sourire. Merci Benjamin, qu’aurait-il fait sans toi ?

Flash-back alors que Christopher regarde par la fenêtre du premier étage. On est censé angoisser, mais pas de bol, on connait déjà la fin.

Christopher et Emeric font leur entrée aux bras de leur belle-maman. Les amis et faux amis font leur discours et nous cassent les oreilles en chantant. Bernadette, la mère de Christopher est là, pas son père. Pas vraiment une surprise, la production nous l’a déjà dit et même Christopher s’en doutait.

Christopher a théoriquement perdu. Mais avant Emeric lâche le morceau : « Je ne suis pas qui tu crois »… etc. Christopher se sent bien bête. Comme on le comprend. Alors, gagné ou pas ? TF1 aime les happy-end. Christopher gagne malgré tout. TF1 ne suit encore une fois pas ses propres règles.

Nous sommes ravis pour Christopher, il en a bien besoin de cet argent, mais un peu perdus, car contrairement à ce que disait la voix off, bien la Bernadette elle n’a pas été mise au courant du pot aux roses. Quand je vous disais que la voix off avait fumé.



Donc, tout le monde il est content. S’en suit l’épisode sept sur le « passionnant » making of de l’émission, que j’ai vite zappé après m’être rendu compte que cinq mois après, Christopher était encore plus beau.

En bref, l’émission avait débuté de manière plus que mitigée, mais nous avait laissé entrevoir une lueur d’espoir avec le cinquième épisode, mais elle se sera terminée sur une fin illogique, bien que joyeuse, surtout pour Christopher, bien qu’il sache désormais que s’il n’était pas comme tout le monde papa ne l’accepterait pas. Une fin somme toute prévisible.

La ménagère de moins de cinquante ans sera satisfaite.


POUR EN SAVOIR PLUS :

Le site de l'émission : http://www.tf1.fr/mon-incroyable-fiance-2/

 

THE END (et c'est tant mieux !)


par Gérard Coudougnan

       

Coup de chapeau à l'équipe d'une émission qui devenait plus qu'ennuyeuse : le cinquième épisode a été vivant, varié et constitue un vrai motif de relance avant les deux épisodes de ce soir (soit cinq tunnels publicitaires avant, pendant et après !).

Les connaisseurs de l'Andalousie ont dû rêver en voyant les rues de Mijas, perle touristique surchargée en été, désertes pour les discussions autour d'un verre ou à dos d'âne entre les parents d'Emeric leur fils et Christopher

Le père d'Emeric a son rôle bien dans la peau. Il sait jouer le « beauf » basique qui a transformé son épouse en simple reproductrice et sa conjointe en mère : il l'appelle « maman », comme le font tant de pères de familles ou... de gays qui, entre eux, veulent railler ce comportement qui transforme le lien conjugal en lien de filiation.

Il pose au cours du dialogue LA question qui est dans la tête de tant de personnes qui croisent un couple d'hommes : « Qui est-ce qui fait la femme ? ». Dommage que Dr Benjamin et son acolyte n'aient pas rebondi sur ce sujet qui intrigue tant de monde. Comment expliquer, dans ce genre de situation, que la sodomie n'est pas une étape obligée ni indispensable, que les rôles sont fixes ou variables... et que cela ne regarde personne ?

Avec le père de Christopher, nous quittons les comédiens. Le gars n'est pas tombé de la dernière pluie et on imagine assez facilement le rapport de force auquel il a dû soumettre son fils.

Si le montage est conforme à l'ordre chronologique, il a compris « l'embrouille » en voyant son Christopher et Emeric sucer le même spaghetti. Et alors que Christopher rame comme un malheureux avant d'arriver à faire sa révélation, il lui tend une superbe perche en lui demandant si en espagnol pédalo ne se dirait pas pédala...

Christopher est trop troublé pour saisir la balle au bond, ou refuse ce biais.

Christopher est à bout...

La veille, au tablao flamenco, il a été infiniment gêné par les « yeux de biche » d'Emeric. Inconscient de son charme, tétons turgescents sous son T-shirt moulant, il a dû repousser virilement les approches de son amoureux transi, sans perdre de vue les 100 000 € qui seront ce soir en jeu...

 


Mon Incroyable Fiancé 2,

le manège continue et les larmes coulent....

Par Lucie Ashley J., 26 ans

 

Mardi dernier fut diffusé le cinquième épisode, sur sept, des aventures cathodiques de notre beau gosse et de son amoureux transi à Marbella en Espagne.

Au programme, balade en ânes et jupe plissée, conseil de notre gourou Benji, resto en amoureux, mais surtout le coming out qu’on attend tous, celui devant les parents de Christopher.

Le lendemain du pseudo coming out burlesque d’Emeric où, souvenez-vous sa « mère » avait fugué pour chanter sur un bateau, après que la colère de Zeus, incarné par le père d’Emeric, ne se soit abattue sur eux, nos deux jeunes hommes vont devoir faire une balade avec beau-papa et belle-maman à Miras. Tout un programme !

Au pied levé, dans leur sublime et clinquante limousine rose, notre petit couple est donc allé retrouver ceux-ci pour – Surprise ! – une balade en ânes. C’est qu’elle avait l’air maligne la mère d’Emeric avec sa jupe plissée sur son âne, et Emeric qui monte une ânesse en amazone. Quelle horreur ! Un peu de virilité Emeric, papa veille au grain.

Une petite balade pas très fascinante, mais agrémentée des fameux commentaires blessants de beau papounet qui durant le déjeuner, peu après, ne supporte même pas de voir la main d’Emeric dans le dos de Christopher.

Mais après une bonne dose de morale de la bien gentille môman d’Emeric, papounet se calme, n’aime pas, mais accepte. Personnellement, je trouve ce processus d’acceptation un peu trop facile. C’est trop court et me semble surréaliste.

Après cette charmante balade, arrive notre gourou, que dis-je notre dieu, Benjamin, qui tout fier de lui, leur annonce que lui et son compère Xavier leur ont concocté un petit diner andalou en amoureux à l’Anamaria. Chouette !

Christopher, lui, aurait préféré, à juste titre, cogiter sur la manière de parler à ses parents et éviter de dîner aux chandelles avec Emeric. Leurs dîners sont souvent propices à des déclarations enflammées de la part de ce dernier. Celui-ci « jubile ». Son petit Cri-cri  et lui au resto, que du bonheur !

Christopher avait bien raison d’avoir peur. Au cours du repas, Emeric lui avoue à quel point il n’envisage plus de vivre sa vie sans lui. Christopher ne sait que répondre. Il faut le comprendre. Que répondre à une personne que vous n’aimez pas et qui ne peut plus vivre sans vous ?

C’est la panique et demain sera pire, ses parents arrivent.

Le moment fatidique arrive à grand pas. Christopher, qui en a été malade toute la journée, tourne en rond comme un lion en cage et ni les mots apaisants d’Emeric, ni la musique classique qu’il joue au piano, n’y ont rien changé. Dans la limousine blanche qui les conduit à la villa, la mère de Christopher est pleine de confiance et de fierté ; son père, lui, imagine le père… et à juste titre. Comme il le dit : « Christopher, il nous fait que des bêtises. » Cela n’annonce rien de bon.

Les parents arrivés, Christopher fond en larmes dans les bras de sa mère. Le téléspectateur est réellement ému. Christopher ne peut s’empêcher de passer sa main sur le bras de son père tandis qu’il leur fait faire le tour du propriétaire, signe de sa grande anxiété ou/et d’une peur panique d’un éventuel abandon de celui-ci. Suivent le toast et le visionnage de l’album de photos de vacances, où il n’y avait « pas une seule nénette » et où ils se sont « bien éclatés dans tous les sens du terme ». Regard froid et agressif du père de Christopher envers Emeric. Emeric fait gaffe, tu vas t’en prendre une !

Emeric tâte toujours le terrain : « Mes parents ont hâte de vous rencontrer. » Tout cela sous le regard médusé de la mère de Christopher, qui lui est en panique totale et finit par lâcher le morceau : « Emeric et moi, on est ensemble. » Fait assez hilarant, alors que Christopher est livide en annonçant la nouvelle, Emeric est aux anges, comme s’il était sur sa planète.

Christopher fond en larmes, le téléspectateur aussi, quand son père fuit la villa en refusant que son fils lui parle.

Pour une fois, TF1, ou plutôt Christopher, a réussi à captiver le spectateur et à faire pleurer dans les chaumières. Oui, les larmes ont coulé mardi dernier et couleront aussi le 25 Août.

Personnellement, même si je trouve toujours que la trame du jeu n’est pas assez poussée ou crédible pour certains faits, il est sûr que grâce à Christopher et à sa sensibilité qui nous émeut, le spectateur restera fidèle et le suivra jusqu’à la fin.

Du moins, moi je le ferai.


POUR EN SAVOIR PLUS :

Le site de l'émission : http://www.tf1.fr/mon-incroyable-fiance-2/

 

 

Ce soir, les deux derniers épisodes (6 et 7)

sur TF1 à 22h10.

Réagissez dès maintenant et demain en commentaires sur ce billet !

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